IBK, investi président du Mali pour 5 ans

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credit photo: Moussa Kalapo
Crédit photo : Moussa Kalapo.

19 septembre 2013 : date importante dans l’histoire du Mali. Une vingtaine de présidents sont à Bamako pour  la cérémonie solennelle d’investiture de Ibrahim Boubacar Keita suite à son élection à la présidence de cet  Etat de l’Afrique de l’Ouest qui était devenu le sanctuaire de islamistes narcotrafiquants en avril 2012.

credit photo: Moussa Kalapo
Crédit photo : Moussa Kalapo.

Jamais le Mali n’a eu à accueillir autant de prestigieux hôtes : le roi du Maroc, une vingtaine de présidents africains et leur chef suprême (franchement), le président de la République française le socialiste François Hollande et un parterre de prestigieuses personnalités représentant toutes les organisations internationales imaginables. Bamako est devenue   «the  place be » to day.

Les sourires satisfaits étaient sur toutes les lèvres.  Et pas seulement sur les lèvres. Celui du président tchadien est bien excusable, car ce pays d’Afrique de l’Est qui est plutôt frontalier avec le Niger que le Mali n’a ménagé aucun effort dans la lutte pour chasser les occupants du Mali. Combien de Tchadiens ont perdu la vie dans ce grand désert que même nos soldats craignent (et ne connaissent pas en réalité, car délaissé aux trafiquants suite aux accords de « paix » précédents ?).

Je me demande si un culte du tchadien ne va pas naître au Mali. En tout cas il est naissant à Gao. Idriss Déby Itno, nous aurait insultés aujourd’hui, nous n’aurions rien dit je pense. D’ailleurs cela aurait bien étonné, car le président tchadien est à Bamako pour jouir des égards que lui a valu son intervention au côté de Serval  dans les montagnes des Ifoghas.  C’est bien que le rendez-vous du stade du 26 mars concorde avec la fronde de soldats tchadiens qui réclament soldes en retard et relève.  Quand les Tchadiens sauvaient la mise aux troupes en attente (un nom qui leur va bien !) de la Cédéao, la  Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (qui n’arrivaient pas à sortir des conférences des hauts gradés des armées pour intervenir concrètement, sans l’intervention, je ne veux pas dire l’aval de la France), ils applaudissaient à la ronde non ?

Maintenant, ce que tout le monde taisait saute à l’œil nu : les troupes de la Minusma (Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali) laissent le plus dur du terrain (le désert) aux Tchadiens (qui en sont les connaisseurs) sans leur donner leur dû. Pendant que les troupes burkinabè, togolaises, nigériennes, sénégalaises sont dans les centres urbains et profitent des avantages de leur mission (femmes et alcool) les Tchadiens restent dans la poussière, la solitude, les scorpions et les belliqueux touaregs de l’Adrar des Ifoghas. Je me laisse aller à chanter l’éloge de cette armée comme leur première dame Hinda Déby, le 8 mars dernier :

Soldat du Tchad, enfant du Sahara
Soldat du Tchad, enfant des tropiques
Fier guerrier, même sur les terres étrangères
Le voilà présent à l’appel du secours

Au premier péril, il mit ses mains !
Au second, il posa ses pieds
Il confondit les balles aux gouttes de pluie
Il assimila les bombardiers aux corbeaux

Là où l’armée française hésita
L’armée tchadienne s’y engagea
Là où l’armée malienne recula
L’armée tchadienne avança

L’Adrar des Ifoghas vibra de peur
Les djinns d’Igharghar vidèrent les lieux
Le cri du guerrier tchadien y élut domicile
Le fracas de ses armes tétanisa les environs

Abou Zeid croisa son destin tragique
Belmokhtar ne put fuir le sien analogue
L’antre des djihadistes changea de maître
Le guerrier Tchad investit le sanctuaire

L’aura guerrière du Tchadien est séculaire
Ce fut le Tchadien qui libéra le camp Kouffra
Ce n’est pas le général Leclerc qui démentira
Car le Tchadien était aussi de la 2e division blindée

L’ANT à l’assaut de Ouaddi-Doum
L’ANT à l’attaque de Bir-Koran
L’ANT à la prise de Maten-El-Serra
L’ANT à la conquête d’Aouzou

Les Bambara retiendront un nom : Tchadien
Les Songhoï chanteront pour le Tchadien
Les Mandingue se souviendront du Tchadien
Les Touaregs s’inclineront devant son passage

La Cédéao deviendra humble devant le Tchad
Les Africains de lOuest liront nos leçons de guerre
Car le soldat tchadien n’est pas un bidasse de salon
Moins encore un brut de cabaret

Aujourd’hui, le Tchadien a défendu l’Afrique
Demain, il défendra le monde
En attendant, gloire à nos martyrs
Et bientôt, le retour triomphal au bercail

Par Djiddi Ali Sougoudi

Ce jeudi, les rues de Bamako sont plutôt désertes, fraichement toilettée pour ses illustres hôtes arborant des drapeaux vert,jaune, rouge (celui du Mali) dans les axes principaux et les grands monuments et cachant ses parties nauséabondes et ses rues impraticables.

La star était encore Hollande, le président français, même si la ferveur n’est plus au rendez-vous. Maintenant les Français ne sont plus perçus comme les sauveurs qui ont chassé l’ennemi, mais  nous assistons plutôt à un retour en arrière.  C’est cette France qui soutient les rebelles touaregs contre Nous (les Maliens en général) qui permet au MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) de se promener avec un drapeau séparateur et indépendantiste et poussant des enfants à caillasser les voitures de l’armée malienne sans mot dire). Ceux qui ont baptisé leurs enfants François Hollande ne les rebaptiseront pas, mais ils hésitent certainement quant au nom sur l’acte de naissance (au Mali, on met du temps pour l’établir quand on le fait).

Hollande a eu un discours plutôt apaisant, rassurant, qui a conforté mon premier sentiment quand je suis entrée à Gao : le nord du Mali ne nous appartient plus, les Français ont remplacé les pseudo-djihadistes et ne partiront pas d’aussitôt. L’inauguration d’un puits par Serval dans une mosquée à Gao a conforté ce sentiment. Aujourd’hui, Hollande nous a rassurés (si l’on veut)  en affirmant dans son discours « La France sera là pour vous accompagner, pour le développement, pour l’Etat, la démocratie, pour la réconciliation ». Bon j’en oublie certaines parties de son discours du genre « Nous avons gagné cette guerre, nous avons chassé les terroristes, nous avons sécurisé le Nord ».

Venant fraîchement de Gao, je vous dirais que ces propos sur la sécurisation du Nord  sont nettement du ressort du chauvinisme. Les postes de contrôle sont laissés aux troupes maliennes qui sont encore égales à elles-mêmes.  Ils oublient la situation et l’état de guerre pour la recherche du gain facile. Je déplore une fouille des passagers qui est plus qu’approximative. Pas de fouille réelle des bagages. Pas de vrais contrôle d’identité. Il suffit d’avoir une carte d’identité en règle pour passer quelle que en soit la nationalité. Même pas de regard inquisiteur.  Que de militaires  (en permission certainement) à la recherche d’occasions (gratuites) pour rentrer en famille. Peut-être prêtent-ils oreilles aux conversations ou espionnent-ils les passagers ? Moi je n’ai nullement été rassurée en tout cas !

IBK, habillé d’une veste (au détriment de ses traditionnels habits en bazin trois pièces qui portent son nom) nous a encore servi le même discours du Mali reconnaissant, qui est cette fois dûment tourné vers une démocratie véritable, qui luttera contre la corruption, même si, nous n’avons pas pu faire le constat du début. A Bamako, toutes les arnaques continuent…c’est encore le MÊME MALI jusqu’à présent, peut-être que je devrais attendre un peu…

La paix et la réconciliation ont occupé aussi une grande place. J’espère que pour la réconciliation, le script, que nous soupçonnions d’avantager les Touaregs  (minoritaires) et de leur accorder une autonomie malgré les affirmations insistant dans le sens contraire sera abandonné.

Les regards sont surtout focalisés sur ces Touaregs et leurs revendications au détriment des vouloirs des populations majoritaires du nord du pays qui ont été les victimes de choix pendant cette occupation. Je ne sais pas pourquoi je pense à un adage que ma maîtresse  disait au CM1 ” ce sont les bidons vides qui font du bruit“.

crédit Photo: Moussa Kalapo
Crédit Photo: Moussa Kalapo.

La réconciliation dépasse le niveau de ces tractations politiciennes entre des leaders politiques. Il y a ceux qui sont restés ont été victimes de viol, vol, amputation, humiliation et les autres qui sont partis craignent la vengeance et l’amalgame (ils sont pour l’Azawad quand ils ont dans les camps de réfugiés, mais pour le Mali quand ils sont au Mali).

 

 

 

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8 thoughts on “IBK, investi président du Mali pour 5 ans

    Fofana Baba Idriss said:
    September 20, 2013 at 1:09 am

    Merci pour ce beau billet sur l’investiture du nouveau président malien… On espère qu’il sera à la hauteur !
    Aussi, tu as respecté les consignes et t’as vu que l’insertion de la vidéo n’était pas sorcier…mdr

    abdallahboss said:
    September 20, 2013 at 6:16 am

    Aaah bonne rédaction, joli poème aussi. Je vois bien pourquoi Deby est si populaire chez les maliens. A ce que je sache, nul n’est prophète dans son pays. Même pas chez ses voisins.

    faty responded:
    September 20, 2013 at 7:30 am

    Merci Abdallah. la popularité de Deby au Mali est à la mesure de la reconnaissance pour le sacrifice qu’il a fourni pour extirper le désert des mains des djihadistes. Nous savions bien que ce n’est pas le meilleur des présidents pour les tchadiens mais je crois que cette réputation poursuit tous les présidents africains, meme ceux qui ont été “démocratiquement élu”. cette reconnaissance plutôt tournée vers la france et le Tchad a fait de nombreux mécontents , notamment du coté du Niger où des “amis” nigériens se plaignent du fait que le Président Mahamadou Issoufou n’était pas invité à prendre la parole à la conférence et disent que son nom aurait été zappé comme celui de Macky Sall. j’inviterai tous les amis africains à comprendre que le Mali est reconnaissant envers tout le monde, sans eux nous serions en plein régime islamiste à Bamako.

    Rendodjo said:
    September 20, 2013 at 8:30 am

    OH Faty, un billet véritablement équilibré même si plein d´éloges pour mon président. Je crois que les Maliens doivent voir notre intervention comme une réponse à l´appel de secours d´un ami. Il était question de sauver la face d´un continent là où, notre chère UA tergiverssait. Stariser notre armée risquerait de lui donner la grosse tête (D´ailleurs c´est une armée que je trouve très humble malgré ses faits d´armes séculaires depuis notre OUI à Degaulle en 1940).

    En attendant, je crois que les maliens doivent donner un peu du temps au nouveau président, …

    faty responded:
    September 20, 2013 at 9:08 am

    Les éloges sont une connotation malienne, quand tu fais le bien,au Mali c’est presque un devoir pour celui qui en profite de le propager autour de lui sinon on y verrait un signe d’ingratitude.

    serge said:
    September 20, 2013 at 3:49 pm

    Je ne sais pas ce qui se passe avec toi en ce moment mais je trouve tes textes de plus en plus “pondérés”, et j’aime bien. c’est une grande qualité en “real politics”.
    Moi ce qui me gène dans tout ça c’est la position de la France qui agit tel un parrain de la mafia, venu recevoir les honneurs de la part de ses soldati… enfin…

    faty responded:
    September 20, 2013 at 5:05 pm

    Mais c’est le parrain de l’Afrique-France qui est revenue à ses anciens amours et distribue les bons points aux pays africains qui se couchent. mais le plus déplorable c’est que la population malienne ne sait pas qu’elle se fait mener du bout du nez. Ils pensent avoir élu leur président se référant à la conduite à la campagne populiste d’IBK.

    Dr Djiddi said:
    October 15, 2013 at 4:23 pm

    Heureux pour mon poème dédié au soldat qui libera la France il y a 70 ans et fait un remake pour libérer le Mali, pays frère. La reconnaissance est dédiée aux soldatesques de salon au moment où le militaire tchadien affronte les balles sifflantes essuyées à travers son thorax qui bombe devant l’adversité. Toute une fierté du tchadien de défendre l’autre africain. A Normandie comme à Verdun, le tchadien se noua la gorge par la poudre, se grilla le corps du feu des boches et en reconnaissance la France paya une pension de misère aux anciens-combattants du Tchad.
    Qu’importe l’ingratitude, le tchadien reste toujours prompt à etre du coté de la justice pour défendre la victime!!

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