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Mais qui protège les casques bleus à Tombouctou ?

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Bamako, 22 juillet 2013 - Un Casque Bleu du Benin patrouille l'hôtel de El-Farouk lors de la première réunion du Comité de suivi et d'évaluation de l'accord préliminaire à l'élection présidentielle et aux pourparlers de paix au Mali. A Blue Helmet patrols the perimeter of El-Farouk Hotel during the Follow-up and evaluation Committee of the preliminary agreement meeting in Bamako. Photo MINUSMA/Marco Dormino
Bamako, 22/07/2013 – Un casque bleu du Bénin patrouille devant l’hôtel El-Farouk lors des pourparlers de paix au Mali.
Photo MINUSMA/Marco Dormino

Quelle question saugrenue penserait celui qui observe les incessantes missions des casques bleus entre le sud et le nord du Mali. ” Qu’ils sont ingrats , ces Maliens ! la communauté internationale leur offre une superbe mission de maintien de la paix , avec des casques bleus  épris  de justice et de bonne volonté – entre autres !-  qui se font tuer dans des attentats et sautent sur des mines , et les voici à les dénigrer. Qui protège les casques bleus ? Quelle question !

Pourtant cette question ne peut que vous venir en tête lorsque vous habitez une de ces zones “libérées” de l’occupation des “certains groupes armés”, car il y a encore au nord du Mali , une zone qui reste aux mains des groupes armés remastérisés par la diplomatie internationale, suivez mon regard jusqu’à Kidal.

Les casques bleus, sont partout, représentant différents corps de l’armée, tout type de grade, de galon, de nationalité, de toute ethnie – j’ai vu un casque bleu hindou qui portait son turban traditionnel et une belle et longue barbe à la place du “joli” casque bleu-parlant toutes les langues imaginables – du français à l’anglais en passant par l’arabe, le néerlandais, le haoussa, le wolof…-

Mais, bien bizarrement, tu auras du mal à avoir une personne qui dira se sentir en sécurité à Tombouctou parce que les casques bleus sont là ! à y croire que l’ONU n’a pas demandé l’avis des habitants avant de renouveler le mandat.

Bon , il faut reconnaître que ce serait difficile de ne pas renouveler ce mandat, la nette impression est qu’ils n’ont pas fini de s’installer ici , à Tombouctou. Il suffit de se rendre au port de Koriomé – entrée des véhicules venant du sud qui traverse le fleuve Niger- Il y a toujours “du Minusma” qui entre. Et en quantité.

Mais PERSONNE ne se sent sécurisé par la Minusma.

Certes,’ils ont des missions en brousse et ils entreprennent des missions conjointes avec l’armée malienne pour éradiquer le mal – je parle des poseurs de bombes et des hommes aux ceintures d’explosifs-, mais dans la vie de tous les jours, en ville, le casque bleu se comporte comme une star hollywoodienne avec des groupies. Seulement les groupies ne s’intéressent pas à la star dans notre cas. Nous les ignorons comme ils nous ignorent, relation : néant ! ce sont les enfants qui parfois par curiosité leur parlent.

Notre impression ? Les casques bleus sont là pour se maintenir les uns les autres en vie. Quand ils descendent en ville pour un quelconque achat : des mangues aux couvertures, ils viennent nombreux. Certains font leurs achats et les autres montent la garde, armes braquées vers… nous !

Ils ont peur des attentats, je comprends, mais nous aussi… difficile d’avoir une toute petite discussion sur le sujet avec l’un d’entre eux. Mais, hier, le poisson a mordu à l’hameçon !

Je revenais d’Abaradjou, quartier au nord de Tombouctou. Un véhicule de casques bleus était stationné chez Madou secret – le marchand d’objets d’art dont les masques ont été saisis par “Ane-sardine” et brûlés comme nos dieux-. Deux casques bleuettes- c’est le féminin de casque bleu que j’ai trouvé- étaient arrêtées au bout de ma rue et des hommes au bout de l’autre rue.
Je me suis débrouillée pour passer juste à côté d’un d’entre eux pour dire assez haut pour qu’ils m’entendent :
-Qu’est qu’ils nous veulent encore ?
Le casque bleu n’est pas resté figé comme d’habitude.
-Nous ne vous voulons rien, nous sommes là pour vous !
– On n’a pas cette impression, vu la manière dont vous vous surveillez arme au point, on a l’impression que vous êtes là pour vous défendre ai-je répondu en m’éloignant.

Il faut reconnaître que 36 casques bleus ont été tués depuis juillet 2013 au Mali , il y a de quoi avoir peur. ils sont encore mieux que les soldats français qui nous obligent à quitter le semblant de bitume que nous avons à Tombouctou à chaque occasion. D’ailleurs, une fois ils voulaient m’empêcher de rentrer chez moi – toujours sur ma jakarta- parce qu’ils avaient quadrillé le secteur.  Ayant froncé les cils et montré mon intention de ne pas obéir, un autre soldat au regard vert est venu me demander doucement d’éteindre ma moto pour rentrer en la poussant “s’il vous plait madame”.

Non, mais nous sommes des maliens chez nous, ou nous sommes redevenus des indigènes de l’empire coloniale de la France?  THIS IS THE QUESTION!

 

Le Mali, les attaques terroristes meurtriers et des communiqués de presse

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Haha !!!

Ne pensez pas que je ris. Je ne ris point. Je pleure. Mais point de sanglot. Pourtant la douleur est là ! Lourde. J’ai mal.  Mal pour ces jeunes Maliens qui viennent encore une fois de perdre la vie «  comme ça ».

Credit photo: Vieux Gassamba
Inhumation des corps des gardes républicains tués dans l’attaque revendiqué par Aqmi. Credit photo: Vieux Gassamba

Oui « comme ça » car je ne trouve pas de mot pour la qualifier. Ils ne l’ont pas perdu « fu » (pour rien pour traduire le bambanankan) car ils l’ont perdu en nous défendant.  Mort en portant les couleurs du Mali.   Ils sont morts mais ils ne quitteront jamais nos cœurs ! Que ces assassins voulant porter le masque de notre religion le sachent…

Ce sont  nos soldats qui seront les futurs habitants de ce paradis d’Allah ! Ce sont eux qui auront droit aux nymphes, aux sources intarissables d’alcool qui n’enivre pas, ce sont eux qui seront dans la OUMMA du prophète Mohamed  (Paix et salut sur lui). D’ailleurs, ils ne sont pas morts ! Ils ne mourront point !

De douleur, je ferai presque appel à la punition de Dieu sur ces semeurs de douleurs, ces tueurs de musulmans, qui se disent moudjahidines, combattants au nom de l’islam !  Mon œil ! Musulmans se disent ces tueurs, croyants ?

Alla hou Akbar! disent-ils . Crime aussi grand que leurs crimes ! Tuer des innocents en criant le nom de Dieu. Le même Dieu que vous et eux adorent ! Quel sacrilège !

Alla hou Akbar!  disent les mères de ces jeunes assassinés  dans la fleur de l’âge. Ils avaient tellement de projets… Ils sont morts seulement parce qu’ils sont  des maliens, parce que défendant une portion du Mali qui a longtemps été concédé au trafic de tout genre !

Alla hou Akbar ! Nous, Tombouctiens, premiers musulmans du Mali, crions alla hou Akbar pour honorer le pouvoir de Dieu ! Quand Dieu reprend la vie de quelqu’un  pour apposer l’impuissance de l’homme sur la volonté de Dieu !

Ces assassins en pantalons raccourcis crient Alla hou Akbar pour assassiner ! Pour tuer !

Le poème de Birago Diop,  le souffle des ancêtres, me vient en tête…

« […] Ceux  qui sont morts ne sont jamais partis »

Enfin, ils ne sont jamais partis, pour moi, pour ce malien qui connaît de très près un de ces jeunes soldats assassinés dans leur sommeil.

Pour cette mère, qui ne verra même pas porter l’ainé de ses enfants à terre, parce que l’islam – oui elle-même !- ne permet pas aux femmes de s’aventurer au cimetière.

Oui, aucune des mères, des sœurs de ces soldats maliens  tués dans cet attaque synchronisée contre les famas – forces armées maliennes- la première contre une patrouille à Nampala et la seconde contre le camp des gardes dans la commune de Gourma-Rharous, à 120 km de la ville Tombouctou.

De nouvelles pertes en vie humaine, et ce gouvernement malien qui continue  sur sa lancée, égale à elle-même, ayant pris cours chez ses amis de la communauté internationale qu’elle veut d’ailleurs dépasser.  Des maliens meurent dans des assauts d’hommes armés criant ALLAHOU AKBAR  dans un pays qui se dit souverain et que nous sort notre gouvernement ? Un platonique communiqué de presse. Froid. Insultant. Humiliant…on aurait cru qu’il s’agit du communiqué de la Minusma ou d’un quelconque organisme présent au Mali signifiant  son «  affection ».

Oui ! Le communiqué du gouvernement est clair ! Des terroristes ont tué quelques soldats maliens, nous en sommes désolés pour leurs parents, mais  nous  tenions surtout à la poursuite du précieux accord de paix que nous avions pu enfin signer avec les chouchous de la république.   C’est l’occasion d’ailleurs pour nous l’occasion d’attirer l’attention de l’opinion publique nationale –enfin la partie de celle-ci qui s’y intéresse- et international,  que nous avons un blocage au niveau du comité de suivi de mis en œuvre du sacrosaint accord de paix.

Vous pourriez trouver mon interprétation du communiqué du gouvernement malien cynique ; mais je pense que le cynisme est surtout de mise à leur niveau. Ils ont changé de porte-parole, mais c’est la même parole qui continue à être portée à nos oreilles.

Les maliens de vers le sud (ils viennent d’un peu partout) se laissent abuser par cette supercherie autour du nord du Mali. Je ne sais plus le nombre de fois que j’ai évoqué ce holdup dont nous faisons l’objet au nord du Mali, mais je le répète : Il continue.  Il y a trop de choses non dites sur le conflit au nord du Mali.

Pire, il y a trop de choses fausses qui ont été érigées en vérités parce que cela les arrangeaient. Ils pensent pouvoir refaire les choses comme  bon leur semble de Koulouba – le palais présidentiel malien- de l’Élysée – pas besoin de précision dans ce cas ou du bourbier de Kidal et des 10000 habitants qui parlent au nom de 700000 personnes parce qu’eux ont des armes et contrôlent les routes de la drogue.

J’excuserai presque la communauté internationale … Elle ne connaît pas les réalités du terrain. Elle ne sait pas que l’occupation a porté un grand coup à la cohésion sociale ( victimes d’une panne (il y en a toujours sur ce tronçon Tombouctou-Douentza- nous nous sommes vu refuser toute assistance de la part des villageois des environs qui nous ont refusé même un bidon pour puiser de l’eau à leur puits à grand diamètre – eh oui il y en a au nord du Mali- .

Mais devrais-je excuser ces faiseurs de directeurs nationaux chaque mercredi, qui n’oublie pas de profiter de leur poste de ministres au gouvernement des si généreux seigneurs Keita ? Oui se remplir des malles d’argent, remplir les poches de leurs proches, amis et même marabouts !

Plus,  je lis le communiqué, plus la douleur se transforme en colère: ” le lundi 03 août, entre 4 heures et 5 heures du matin, des hommes armés non identifiés( ce terme me tue)  ont attaqué le poste de sécurité de la garde nationale du Mali de Gourma-Rharous, région de Tombouctou.

Bilan:  11 gardes tués et 1 blessé. des renforts ont été dépêchés sur les lieux et une mission d’interception opérée dans la zone…” c’est incroyable ! mais à qui est destiné ce communiqué?

Je ne peux les excuser…Nous perdons nos jeunes, nos frères, nos  amis, nos copains, nos coéquipiers, nos enfants…. Tués sauvagement par des personnes à qui ils ne veulent point donner de noms. Sciemment. Ils disent AQMI. TERRORISTES. ISLAMISTES. On ne dit plus ANSARDINE, on ne dit plus MNLA ou MUJAO.

Pourtant nous  nous qui avions été leurs cobayes  durant l’occupation d’avril 2012 à janvier 2014 les avons bien vus ensemble. Oui tous. Certains individus changeant de camp au gré du détenteur du pouvoir ou du bizness  en vue.  Nous avions vu les émirs d’AQMI commander les généraux d’ANESARDINE.

Nous avons vu ADAM l’algérien, bien connu pour être d’AQMI demander à l’ignoble HAMED MOSSA de relâcher sa prise sur les femmes de Tombouctou. Mais  bon ! Il faudrait que je vous dise que le gouvernement malien a libéré HAMED MOSSA sans aucun égard pour ses mille victimes féminines au lendemain de l’apposition de la signature du SIDATTI de Tombouctou au nom des groupes  siégeant à KIDAL – cherchez l’erreur géographiquement-.

Le  gouvernement malien, aidé de ‘’sa ‘’ communauté internationale  s’est entendu avec ses groupes armés  de rebelles -ou non-, acceptant de leur refaire une virginité au nom du besoin de paix au nom de ce droit à l’autodétermination,  un droit qui semble n’être l’apanage que de certaines minorités .  Ils ont choisi les thèmes qui les arrangeaient le plus, fermant les yeux sur les plus gênants. Comme ce couple formé de deux adultérins  pris sur le fait qui  décident de continuer ensemble malgré tout. On oublie tout et la vie continue… personne n’évoque les infidélités de l’autre. Pire, chacun se sait incapable de fidélité ! Le trafic de drogue, Iyad Aghali, la mauvaise foi des signataires, la scission entre les habitants du nord, car deux des trois régions revendiquées étant  clairement loyalistes…

Quand Birago Diop conseille : «  écoute plus souvent les choses que les êtres » il a raison.

Malheureusement ! le gouvernement malien nous le prouve !

 

Vivre à Tombouctou…

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credit photo: Faty
credit photo: Faty

Vivre à Tombouctou…c’est habiter le bout de la terre pour ceux qui sont à l’autre bout de la terre pour nous aussi qui y vivons.
Vivre à Tombouctou….c’est habiter une ville perdue dans le désert, où il n’y a ni eau ni électricité, pour ceux qui non seulement habitent loin, mais sont aussi amis avec les vendeurs d’illusions, ceux qui ont pris les armes pour réclamer l’indépendance. Comme si l’indépendance amènerait l’eau et l’électricité dès son obtention, comme par magie.
Vivre à Tombouctou… c’est passer son temps à avoir peur pour les siens, les amis, les villageois des alentours qui sont obligés de prendre les chemins tortueux du désert vers Tombouctou afin d’écouler leurs denrées. Ils risquent à chaque recoin de se faire dépouiller de leurs biens et même des simples téléphones chinois par leurs prétendus libérateurs.
Vivre à Tombouctou… c’est toujours hésiter avant de dire de t’envoyer des mangues de Bamako, car les indépendantistes s’attaquent surtout aux colis de mangues quand ils braquent les camions de transport qui quittent le sud. Bon, il faut dire que tout bon malien du nord (le citoyen lambda ou le voleur caché sous les dunes) adore les mangues!
Vivre à Tombouctou…c’est certainement être un mort vivant pour ceux qui n’y sont pas et savent que vous luttez contre leur projet !
Mais sachez que vivre à Tombouctou… c’est vivre dans un havre de paix malgré tout ça, car ton amour pour la ville t’apaise! Son mystère te transforme: demandez des exemples à Salem Ould Elhadj, l’historien de Tombouctou qui y vit, il te contera l’histoire de ses saints, des miracles de cette ville…Peut-être te parlera-t-il de mon grand-père, Alpha Bocar, ce marabout aveugle qui écrivait et lisait le coran pas en braille hein !

 

A Tombouctou, même pas une trotteuse…

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Une journée presque comme les autres…  A Tombouctou.

Tombouctou  credit photo: Faty
Tombouctou, crédit photo: Faty

La vieille ville essaye d’ignorer ce qui se passe autour d’elle pour subsister… exister. Vivre. Tombouctou respire une grande tranquillité. On dirait qu’elle ne se trouve pas dans cette zone de grande insécurité qui fait la Une des journaux d’information et autres magazines des grandes chaînes occidentales. Ceux qui craignaient de venir et voulaient rester à Bamako contre vents et marées trouvent la cité des 333 saints trop calme. Surtout la nuit. Mais c’est cela Tombouctou, leur répondis-je, dans un éclat de rire. Nous sommes tranquilles ici.

Aucune inquiétude ne peut être lue sur le visage des habitants qui continuent leur vie si particulière. Une vie ponctuée par les cérémonies grandioses de mariage, les baptêmes qui se prolongent jusqu’à la nuit, avec ses griots habituels dont le charismatique Mallé Hamadoun, préféré des femmes, toujours habillé d’un boubou neuf. Il faut dire que dernièrement la moisson est plutôt généreuse. Les gens, surtout les femmes se rattrapent dans ce que j’appelle gaspillage et futilité. C’est à qui donnera le plus de pagnes, d’argent aux griots et autres personnes de castes ou qui se proclament telles et parfois t’agressent pour un billet de 1 000 F CFA.

Une journée presque comme les autres… d’avant ces pseudo adorateurs d’Allah qui n’ont aucun respect pour l’être humain. Ils se disent fidèles à la Sunna (tradition) du prophète – Mohammed paix et salut sur lui- et pourtant ils semblent ignorer tout du respect qu’il avait pour la vie humaine. Ce ne sont que des sbires des cheikhs qatariens -qui s’amusent en regardant des courses de chameaux montés par des enfants (esclaves) ou en séjournant dans des hôtels high-tech qui achètent pour mieux en jouir ou achètent des clubs européens de football en difficulté à coups de pétrodollars.

D’ailleurs, je n’arrive pas à comprendre ce mot islamiste.

Est islamiste celui qui tue pour défendre l’islam ? Qui tue et maltraite même des musulmans ?  Ces gens – les soi-disant islamistes- ne font que nuire à une religion qui est bien éloignée de cette violence, de cette barbarie. L’islam est partage, amour, respect, modération… il l’était à Tombouctou depuis des millénaires. La venue de ces barbus qui entrent dans la grande mosquée avec leurs sales et grosses chaussures n’y a pas changé grand-chose. La sagesse a recommandé la modération. Ils partiront comme ils sont venus nous trouver chez nous. Allah nous voit tous et sait, qui est croyant ont prêché les marabouts à Tombouctou. Ils ont eu raison. Pas un habitant de la ville n’a pu être une victime de ces barbares.

Pendant presque une année, la ville de Tombouctou, son patrimoine si précieux pour l’humanité, ses manuscrits millénaires, ses habitants, ses traditions… ont été les otages de ces barbares. Elle a attendu, patiemment. Un 11 janvier le calvaire a pris fin.

Ainsi, on dirait que Tombouctou veut effacer cet épisode douloureux, ce passage – espérons que c’est le dernier- des narcotrafiquants qui se réclament djihadistes qui a obligé chacun à faire profil bas. Sous le règne d’Ansar Dine tout rassemblement était interdit. Plus de faste pour les mariages qui se déroulaient uniquement à la mosquée, sans tam-tam, ni kôlô (petits tambours en peau de chèvre que les femmes tiennent d’une main pour le frapper de l’autre). Pas de mairie – c’est ainsi qu’on appelle le mariage civil à la mairie- ni de cortège faisant le tour de la ville tambour battant. Tous les mariages célébrés durant cette crise l’ont été dans le silence.

Je suis retournée dans ma ville natale si aimée depuis octobre dernier…  Quel soulagement ! beaucoup , comme moi, ont pris la route piste du retour, préférant fuir Bamako surpeuplée.

Tombouctou, crédit photo: Faty

 

 

Tombouctou, credit photo: Faty

A Tombouctou, la vie est plutôt tranquille, presque arrêtée. Les hivers sont rudes, les vents sifflent et irritent la peau de celles qui ne portent pas le voile. Malgré le vent je décide de sortir. Maintenant que ma fille va à 4 pattes, je me suis dit qu’il fallait lui trouver une trotteuse. Elle en a besoin. Moi aussi. Elle fera moins de dégâts. Elle tombera moins.

Et me voici assise derrière ma petite sœur, sur sa Djakarta – elle est meilleure conductrice, croyez-moi – direction « foire yobou » «  marché de la foire ». C’est le marché le plus éloigné de chez moi. Nous avons fait le tour du marché, scrutant les étalages.  Pas la moindre petite trotteuse. Peut-être que les commerçants qui pourraient avoir l’engin hésitent encore à venir. Ils sont été les victimes de la destruction rageuse des troupes du MNLA & Co. Ils réfléchissent avant de rouvrir.

Maintenant faut redescendre, voir s’il y en a au grand marché «  yobou ber ». Encore une fois rien. Que de la farine, du savon, des voiles (oui !!! les mêmes qu’Ansar Dine a voulu se convaincre d’être l’ initiateur du port à Tombouctou, alors que les femmes le portent depuis bien longtemps), du thé. Des biscuits secs – que nous appelons biscuit dogon – Mais pas de trotteuse.

Une petite distance sépare le marché le plus fréquenté de Tombouctou –même des casques bleus- : ses ruelles sont encombrées d’ustensiles. Le marché des habits de seconde main provenant d’Europe qu’on appelle yougouyougou est bien florissant. Celui des couvertures et des tapis qu’apportent les commerçants arabes aussi, malgré les coupeurs de route et les assassinats dans cette communauté… Aujourd’hui, la brousse semble inhabitable. Beaucoup de ces nomades sont visibles en ville. Ils sont reconnaissables à leurs habits pas très propres de couleur bleue de préférence pour les hommes et les femmes, allez comprendre pourquoi !

« Incroyable, mais pas une trotteuse dans la ville mystérieuse, Il me faudra trouver une solution de rechange » dis-je à ma sœur quand au bout de la rue pavée devant laquelle s’asseyent les femmes de « taara bongou » (des femmes qui font du maraîchage aux alentours de Tombouctou), on voit une trotteuse devant la boutique d’un grand supporter du Real Madrid.

Mais très vite nous déchantons, la petite barre par laquelle je veux prendre la trotteuse me reste en main… je me demande dans quelle province de la Chine celle-ci a été fabriquée.

En somme, pas de trotteuse… il y a la Minusma, des voitures de toutes marques, des casques bleus et des hommes de toutes les nationalités imaginables à Tombouctou, mais impossible d’y trouver une petite trotteuse.

Des nouvelles du Mali

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Les nouvelles du Mali, c’est le nom de mon blog… je devrais en donner d’heures en heures, envoyer rapidement un billet aussitôt que quelque chose se passe dans mon pays, pour répondre à la ligne éditoriale que je m’efforce à donner à ce blog. Donner des nouvelles de chez moi (et de moi à certaines occasions), sortir de ce silence… et ben me voilà pour les nouvelles.

credit : fallharoune.blogspot.com
Mali, infographie sur la situation géopolitique  du Mali datant de janvier 2013. credit photo: fallhrouna.blospot.com

Elles ne sont pas bonnes. Le Mali va mal. Du sud au nord en passant par le centre. C’est d’ailleurs ce qui explique mon silence, pour cette fois-ci pas de nouvelles, mauvaises nouvelles ! J’ai opté pour : ne pas donner de nouvelles au lieu d’en donner des mauvaises. D’ailleurs, cela me reviendrait à écrire de courts billets sous forme d’alertes, car l’actualité est plutôt galopante au pays géré par des Keita, Si ce n’est pas une mine qui fauche des casques bleus, ce sont des rebelles qui s’attaquent à une localité de la zone dont ils réclament l’indépendance ou encore c’est la création d’une Nième groupe armé au nord…

Au sud, Bamako est prise au piège des dirigeants, certains commencent enfin à comprendre qu’ils ont mis le mauvais bulletin dans l’enveloppe en 2013 lorsqu’ils ont choisi le bulletin de Kankelintigui (l’homme à la parole unique) -si je peux me permettre-. Plus rien ne va plus. Trop de choses ont fini de rendre d’autres maliens aussi sceptiques –sinon pessimistes- que moi : de l’avion présidentiel payé rubis sur ongle en privilégiant certains proches, aux surfactures pour les équipements militaires qui ont permis au FMI et à la banque mondiale de mettre une certaine pression sur le gouvernement et l’obliger à entamer les négociations avec leurs groupes armés chéris du nord –je ne veux pas dire de Kidal !- car en fait les groupes armés infestent le nord, chaque jour que de nouvelle création si ce n’est des dissidences , ce sont des créations…

Je peux dire que maintenant tous les maliens savent qu’ils ont élu un grand voyageur -il est à son 54ème voyage-, un  homme cultivé (cela,  ils le soupçonnaient quand même, car IBK a été premier ministre du temps du premier président démocratiquement élu au Mali, Alpha Oumar KONARE),  qui aime la grasse matinée, allant au bureau vers 10h du matin mais n’hésite point à utiliser un ton céleste pour exiger droiture et ponctualité de ses ministres.

Un président qui étonne beaucoup lors de ses discours, promettant monts et merveilles pour le nord, si ce n’est pas une Université du sahel à Gao, c’est une Université international de Tombouctou, alors que nous, ressortissant du nord vivons le calvaire sur les routes quand il faut quitter ou revenir au nord avec l’insécurité et l’absence de route, alors que le retour de l’administration au nord n’est qu’une parodie, les fonctionnaires originaires du sud s’échappant à toutes les occasions. Pas seulement le nord, l’ensemble du Mali besoin que finissent enfin cette corruption, ce népotisme, ces surfacturations pour que s’amorce un vrai développement. Presque tout le monde a tendance à oublier que c’est le Mali entier qui est sous développé, pas seulement le nord, c’est le Mali entier qui a besoin d’infrastructure de santé, d’école, de bibliothèque, de bonne gouvernance…

Mais, aussi, un président qui rajeunit à vue d’œil,  d’une rare élégance qui s’étend jusqu’à ses collaborateurs – il y est pour quelque chose selon les mauvaises langues- et pars­ème des inchallah (s’il plait à Allah) conciliateurs dans ses propos –il arrivera un jour à convaincre ces maliens qu’il est un fervent musulman- . Le slogan « Le Mali d’abord» de la campagne présidentielle est encore affiché en géant dans certaines artères de la capitale Bamako, mais beaucoup lisent- en tout cas ceux de mes compatriotes qui savent lire- « ma famille d’abord ».

Enfin (soulagement pour beaucoup du parti présidentiel),  Moussa Mara, jeune premier ministre ayant remplacé un autre jeune –Oumar Tatam Ly- a enfin rendu son tablier à son patriarche de président, permettant aux loups du parti présidentiel d’être aux anges. Il a eu milles et une occasion pour démissionner, il ne l’a pas fait. Le président a attendu que l’horizon politique soit plat – après que le ministre des finances indexées dans les affaires de surfacturations finissent de se dépeindre comme blanche neige à la télévision nationale- pour lui demander de rendre le tablier. Il est parti sans rancune. Une certaine tristesse dans le regard en faisant la passation avec l’autre patriarche qui le remplace –le nouveau premier ministre Modibo Keita a 73 ans-. «  Je vais rentrer à 18h chez moi ce soir » dit-il. «  Je ne me rappelle pas la dernière fois que je suis rentré chez moi à 18h, cela fait très longtemps ».

Ainsi, avec l’ancien haut représentant du président de la république du Mali pour les négociations de paix, nommé premier ministre par ce dernier, l’empire Mali se retrouve aux mains des royaux Keita. Seuls les inchallah, nous permettent de savoir que nous sommes en république laïque à majorité musulmane du Mali – souffrez me comprendre- . Son gouvernement ? Une continuité, sans les plus gênants du précédent. En fait, tout est une continuité : l’administration reste égale à elle-même, toujours à l’affut de la mission la plus prolongée possible, aux mains de ceux qui ont su rapidement changer de parti pour celui du tisserand.

Au moins, pour la première fois, le Mali se retrouve avec une vraie opposition, dotée d’un chef de fil en la personne de Soumaila Cissé (battu par IBK au second tour de l’élection présidentielle de juillet 2013), coordonnée, qui réagit à toutes les occasions. Elle propose au pouvoir de jouer sa partition, mais en réalité, on se demande quelle sera –elle-

Le sud du Mali, c’est aussi Ebola. La dangereuse maladie qui sévit en Guinée voisine, en Sierra Léone et au Libéria a mis cette partie du Mali sens dessus-dessous, provoquant une grande panique. Il faut dire que la Guinée n’est pas loin de Bamako et les coutumes africaines favorisent la propagation du mortel virus qui n’a pas de remède. Mais, Ebola a fini comme le Sida ou encore l’excision au Mali : on n’y croit pas ! «  C’est un projet que les gouvernants ont inventé pour trouver de l’argent ». Incroyable non ? Après la petite fille ramenée de la Guinée par sa grand-mère et le marabout que la clinique de la jet-set bamakoise voulait soigner incognito. Le Mali est maintenant Ebola free, mais sincèrement je ne me suis jamais sentie menacée par cette maladie à Tombouctou. Allez savoir pourquoi !

Au nord, ce qui nous menace ce n’est pas Ebola, même s’il fait beaucoup de morts : ce sont les attentats, les attaques à mains armées de coupeurs de routes, les mines et autres engins explosifs semés au gré des pistes de cette grande partie de Mali. Quand on mène une guerre asymétrique à des personnes fanatiques qui pensent avoir un droit sur un territoire et ses habitants ( le rapport est raciste et esclavagiste, et l’expliquer pourrait prendre beaucoup plus qu’un billet, mais je crois que des  touaregs et des arabes –pas tous- ont pris la décision de se rebeller, engageant toutes les régions du nord du Mali et réclament l’indépendance à notre nom à tous parce que certainement l’avis du noir ou de celui que tu considères comme un esclave – ton esclave- n’a absolument aucune valeur). Les autres habitants du nord en dehors des arabes et touaregs seraient peut être condamnés à faire profil bas et ingurgiter le désir d’indépendance des rebellés pour l’accepter de force contre une vie paisible.

La visite de Moussa Mara à Kidal en mai 2013, a malheureusement permis aux violeurs et autres meurtriers du CDA ( coordination des mouvements de l’Azawad) de revenir sur l’échiquier politique et militaire. C’est à en croire que notre armée n’avait pas de service de renseignement ! C’était tellement visible que ceux qui ont servi de guide à Serval dans la reconquête de l’Adrar des Ifoghas – leur sanctuaire – ont le contrôle de la zone de Kidal qu’ils ont parsemé de cache d’armes et d’hommes. Déjà que beaucoup de maliens n’ont pas compris les raisons pour lesquels les français ont empêché à l’armée malienne d’entrer à Kidal comme elle est entrée à Gao et à Tombouctou (les trois grandes villes du nord qui étaient occupées par le MNLA, Anesardine, AQMI et autres bandits de grands chemins revenus de Libye).

Ces groupes armés ont rapidement fait peau neuve, allant jusqu’à refuser de reconnaitre les derniers crimes qu’ils ont commis en tuant 30 personnes parmi les otages fait au gouvernement de Kidal parmi les fonctionnaires, signant un accord sous l’aval du « grand ami » Abdoul Aziz, chef de l’union africaine, appelé par IBK certainement pour qu’ils  « parlent à ses frères ».

Mais malheureusement, l’armée malienne, elle, n’a pas fait peau neuve. Elle a essuyé une autre déconfiture dans la foulée de la visite de l’ancien premier ministre Moussa Mara à Kidal, encore une fois (semble-t-il) victime d’un regroupement de dernière minute des groupes armés. Malgré qu’une priorité ait été donnée à sa réforme et à son équipement (et des chaussettes achetées à 25.000 F CFA pièce), beaucoup (au sud, car nous savions bien que c’est toujours la même) se sont rendu-compte qu’elle reste en proie au repli stratégique, au besoin logistique et au disfonctionnement aux moments clés.

Ainsi, depuis cette malencontreuse visite, bien que choses ont changé. Le Mali et son armée ne sont plus présent dans l’antre des groupes armés Kidal, qui est devenu un véritable nomansland, régulièrement secouée par des attentats contre les casques bleus de la mission onusienne de maintien de la paix, Minusma. Des combats entre groupes qui se traitent de milices quand cela leur chantent aux mines qui parsèment les pistes du nord du Mali, de Tabankort (Kidal) à Goundam (Tombouctou), que d’innocentes victimes de cette guerre asymétrique.

En préludes aux violents combats qui ont opposé le Gatia et ses alliés aux mouvements de l’Azawad la semaine dernière, la Minusma avait fait savoir à travers un communiqué, qu’elle avait dû se défendre en tirant sur des voitures de groupes armés qui avaient pris les casques bleus pour cibles ( MNLA, HCUA et MAA) pendant qu’elle faisait –fort courageusement sa mission d’interposition entre les belligérants et de maintien de la paix-. Il parait que la Minusma est là pour protéger les populations du nord de ces groupes armés et d’une autre occupation, pourtant seuls les pro-MNLA, MAA et autre HCUA ( des groupes armés touaregs et arabes) sont restés dans leur ville fétiche et réel fief : KIDAL.

Kidal. Une ville bien étonnante pour un observateur extérieur : ses femmes et ses enfants, autour de la centaine sont azawadiens et n’hésitent pas à monter au charbon pour défendre les idéaux des groupes armés (dans lesquels se trouvent les hommes de la ville). Ils sont présents à toutes les occasions : visite indésirée des autorités malienne, mécontentement des groupes armés contre la Minusma, qui d’ailleurs a préféré battre retraite et se réfugier dans son camp, laissant tout un aérodrome à la merci ces manifestants si particuliers qui n’hésiteront pas à tout y brûler. Ce nord du Mali et cette part minoritaire de ses habitants indépendantistes si portés sur la destruction et le saccage de matériel, bien difficile à comprendre !

Quel avantage d’être minoritaire dans un pays comme le Mali ! Même la Minusma (mission des nations unis pour le Mali) qui a pu profiter d’une contremarche –j’espère que ça existe- de la population de la ville de Gao, qui pour démontrer son opposition au CDA (coordination des mouvements (armés !) de l’Azawad). C’est bien me suis-je dis. C’est important de montrer que nous ne sommes pas avec eux : nous n’avons pas d’armes, mais nous sommes des fils de cette terre et nous avons notre mot à dire. NON à l’Azawad ! C’était d’ailleurs aussi l’occasion pour les habitants de Gao de porte aussi leur soutien aux prétendues milices pro-gouvernementales – selon la communication du CMA-.

Manifestation-marche-Gao-contre-independance-autonomie-azawad
credit photo: maliweb.org

En fait une année de vie pleine à Gao, juste après l’opération Serval , en 2013, m’a permis de comprendre que les habitants de cette ville ont tellement côtoyé la mort, le danger, la cruauté avec l’occupation qu’ils n’ont plus peur de quelque chose, ni la mort, ni une autre occupation… le crépitement des armes est un « son » (musique) aux fragiles oreilles des enfants. La même Minusma l’a appris à ses dépens. Car quelques jours après la marche de soutien, une autre marche a secoué Gao et indigné beaucoup de malien – dont moi !- je vous explique.

Dans un premier temps, un document d’accord signé entre la Minusma et le CDA portant sur une zone temporaire démilitarisée entre Tabankort et Anefis. En fait le territoire que le Gatia et leurs alliés ont repris au CDA. Cela suffit à mette un jeune de Gao en colère, si en plus ce document fait l’objet de manipulation et circule dans les réseaux sociaux avec le drapeau du MNLA en entente, il y a de quoi mettre tout la ville de Gao en colère. Le souvenir des filles violées est encore vivace. Et comme ceux qui ne sont pas favorisés par cet accord ne sont pas poltrons, Gao s’est sentie trahie par cette Minusma aussi – car tous pensent que d’autres avaient également préféré les groupes armés touaregs au Mali-.

Accord-MNLA-MINUSMADes milliers de personnes sont sortis pour marcher sur les camps de la Minusma à travers la ville. Il y a eu trois morts par balles certifiés par le personnel médical de l’hôpital de Gao. Plusieurs dizaines de blessés. Un blessé grave ayant une balle logée dans la tête a été évacué sur Bamako.

La Minusma crie à la manipulation et assure qu’ordre n’a pas été donné de tirer sur les manifestants. Le président malien (encore une fois) en voyage attendra un retour au Mali pour évoquer le problème et assurer que la Minusma est au Mali pour la protection de la population et qu’une enquête sera organisée pour connaitre les coupables de ces crimes.

En somme, le document de la discorde a été retiré par la Minusma bien que des signatures y étaient apposées. IBK a enfin pris son courage à deux mains et effectué le déplacement à Gao, se rendant dans les familles des morts. Mais cela fait naitre des questions en vrac en moi (et mes concitoyens certainement) : quelle est la vraie mission de la Minusma ? Va-t-elle me protéger ou me porter secours ici, à Tombouctou si jamais des groupes armés s’attaquent encore à ma ville alors que je ne suis pas touareg ? Quel genre de paix ils sont en train de nous concocter en Algérie alors que nous autres (habitants de Tombouctou) ne sommes pas associés au processus ? pourquoi les casques bleus se sont permis de perdre la tête à Gao en tirant sur des manifestants alors qu’ils laissent les lieux aux manifestants de Kidal ?

 

 

le “Timbuktu” de Sissako n’est pas le Tombouctou que j’ai vécu

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Le film du cinéaste mauritanien a  été annoncé tambour battant comme étant le seul film africain sélectionné pour la palme d’or du prestigieux festival de Cannes cette année, cela tique. Encore plus quand la tombouctienne que je suis apprends que le film s’appellerait  « Timbuktu »  (Tombouctou en anglais) et porterait sur l’occupation que nous avions vécue d’avril  2012 à janvier 2013. Pire, il aurait été accueilli par des applaudissements de la presse.

Affiche , credit photo: lepacte
Affiche , credit photo: lepacte

Toute la journée,  j’ai attendu la projection et les échos de la conférence de presse que le réalisateur mauritanien fera , devinant,  presque, ce qu’il raconterait en me fiant au casting du film qui donne une place de choix à des acteurs Touaregs qui auraient vécu les mêmes évènements que moi.  Je ne sais pas si mes tweets depuis Tombouctou lui sont arrivés, ni s’il connait l’existence de mon blog, même s’il aurait éclaté en sanglot en conférence de presse en  disant « pleurer à la place des autres », à ma place en un mot ! Du cinéma !

Hum… quand le sage dit que le chasseur raconte toujours ses parties de chasse comme  il le veut parce qu’il a pu s’en tirer, car la version de l’histoire du lion a un angle est bien différent … je le comprends.

Je ne mâcherai pas mes mots encore une fois, mais le scenario de ce film, les scènes qui ont un tel effet sur le cinéaste mauritanien est cousu de mensonges et de d’approximations qui sont honteux.  Tous les faits peuvent être retracés  par n’importe quel habitant de Tombouctou et malheureusement, c’est peut-être le coté dramatique qu’il veut donner à son film, mais je m’insurge en faux ! Rien ne s’est passé comme ce film le soutient, avoir vécu cela ne me fait pas éclater en sanglots, même pour fragile femme que je me dois d’être. Ne rien dire après un tel film est un crime, je pense pour la militante de Tombouctou.  Des faits qui se sont déroulés,  il n’y a pas si longtemps sont complètement dénaturés et même transformés  par le narrateur,  se permet de changer la tournure des faits pour prendre la place de la victime. C’est honteux ! Malheureusement  doyen Mohamed Sneiba.

Je n’ai point l’habitude des billets critiques cinématographiques  comme Serge Katembera, mon BABA étant la narration, mais « Timbuktu » interpelle pour fausseté dès l’affiche.

En effet, , on voit une femme noire, en pleure, habillée de noire de la tête aux doigts. Nous n’avons jamais eu droit à cette scène à Tombouctou où, les pseudo djihadistes d’anesardine exigeaient que les femmes se couvrent avec le voile traditionnel des femmes arabes de Tombouctou comme je le rapportais en temps réel  l’année dernière. J’ai moi-même porté ce voile d’une couleur jaune, passant et repassant devant la police islamique qui n’était point éloignée de mon habitat. Je me rappelle encore de l’audience connu par mon article sur la protestation des femmes Bellahs, vendeuses de poissons au marché de Yoboutao, qui se sont déshabillées pour protester  contre le port du voile et non de gants.

Le film évoque également un cas de lapidation qui n’a jamais eu lieu à Tombouctou. Un couple ayant eu un enfant hors mariage a été fouetté sur la place publique de Sankoré par des djihadistes qui se sont relayés, la population y a assisté sans broncher, juste devant la porte de l’Imam de la mosquée de Sankoré (jadis grande université de la ville historique) qui n’a jamais accepté ne serait-ce que discuter avec les occupants…. il y a un écart, si ce n’est un  fossé avec une vraie lapidation et je sais que pour mauritanien qu’il est, monsieur Sissako n’ignore point la signification du mot ni la manière dont elle se déroule.

La motivation du cinéaste viendrait du témoignage d’un touareg de sa connaissance, à propos de l’exécution d’un touareg qui aurait tué un pécheur accidentellement, comme si l’homicide involontaire n’en était pas un. Mais ce qui exaspère le plus dans cette histoire , c’est la dénaturation éhontée des faits,  le tueur, serait un paisible berger touareg  du nom de Kidane ( un nom pas du tout touareg , soit dit en passant) qui aurait réussi à trouver la tranquillité à l’écart du désordre régnant dans toute la zone occupée, sillonnée par les troupes du MNLA qui ont été chassées des grandes villes du nord par les islamistes qui ont ainsi épargné les populations du pillages de ce mouvement de liberation de l’azawad MNLA qui mérite largement d’être appelé   « Haine-est-là » comme je le fais dans ce blog.

Bon ! Certainement que son ami témoin était un membre du MNLA, car la Mauritanie est la base arrière des défenseurs de la cause du touareg martyre et victime de l’état malien, je n’irai pas jusqu’à dire que Sissako est un membre du MNLA, mais  c’est hallucinant comme il s’est laissé avoir par le discours victimisation. Comme beaucoup de la presse internationale d’ailleurs.

Quand il affirme que « les Touaregs sont des victimes au Mali » dans l’interview accordé à  jeune Afrique, c’est aisément compréhensible. Mais c’est creux ;  avec deux ans de recul, il avait la possibilité d’échapper à la compassion envers un peuple dont il est proche, je ne sais pas s’il est touareg, mais les différents changements de cap du MNLA durant cette occupation et un peu de bon sens pouvait l’aider, s’il avait un peu de bonne volonté et d’objectivité. Mais il faut reconnaitre que c’est difficile et que les minorités victimes sont des chouchous de l’opinion occidentale. Cannes n’est pas Ouagadougou.

Pour revenir à son histoire et à Kidane,  qui vivrait tranquillement avec sa femme, sa fille et un petit garçon qui garde son bétail – certainement un petit noir qui est leur esclave en réalité, mais comme cela n’arrangerait pas l’image du gentil touareg, pas de précisions !- aurait tué malencontreusement le pêcheur qui a tué une de ses vaches et tombe entre les mains des djihadistes. Je le dis haut, l’écris en gras : c’est faux ! Rien n’est vrai dans cette histoire !

Ce touareg qui a été  la seule personne exécutée par Ansardine à Tombouctou,  était un membre du mouvement, il n’était pas un habitant de la région et c’était une personne qui persécutait la population des villages des alentours de Tombouctou.  Son acte  était prémédité et il a déclaré au pécheur qui refusait d’exécuter ses ordres qu’il était venu spécialement pour lui avant de le tuer froidement de plusieurs coups de fusil.  Il est resté libre longtemps  et d’ailleurs anesardine a essayé de  donner le prix du sang à la famille de la victime qui a refusé et a exigé que  le coupable soit tué comme le veut la charia.

S’il y a un véritable buzz autour du film sur Grace de Monaco, c’est parce que l’histoire de la roturière devenue reine est bien connue, mais malheureusement, pendant l’occupation de Tombouctou, l’heure était à la débandade et au repli stratégique des militaires et des fonctionnaires de l’état qui étaient les ennemis des troupes de Touaregs chevelus qui sont entrés à Tombouctou en criant un Azawad que nous (habitants de la ville ) n’avions jamais réclamé. Les arabes les ont rapidement ralliés.

Je n’ai même pas vu le film et j’en crache pas terre,  je me demande si je pourrais le regarder un jour, tellement je suis dégoutée ! mais il  faut reconnaitre qu’il illustre parfaitement le hold-up dont nous faisons l’objet au nord du Mali :  les touaregs se révoltent, invitent tous les bandits du Sahara sur nos terres, des cheiks du Qatar prennent leurs pieds en  regardant des obscurantistes torturer d’innocentes populations, fouetter des femmes, en enlever pour des viols collectifs, détruire des mausolées millénaires, détruire tout ce qu’il y a comme infrastructure des écoles aux dispensaires, faire du bois de chauffe de nos bancs d’école – je me rappelle que l’ambulance de l’hôpital servait à amener leurs femmes au marché, quand elles concèdent à y aller- et ce sont eux qui deviennent les victimes de l’oppression, du racisme.

Quand l’histoire a pris une autre tournure et les troupes de serval sont intervenus pour chasser , ils sont devenus les victimes et la guitare a aussitôt remplacé la Kalach.

Heureusement qu’il utilise cet orthographe, TIMBUKTU, qui me permet de concrétiser cette différence.

Ce film est le fruit d’imagination fertile!

Il y a des choses qu’il faut oser dire…

TechCamp Mali 2014, il m’a fallu un tweet

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Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Je devrais formuler autrement et dire, il m’a fallu juste twitter pour me frayer ce chemin vers ce statut de trainer (formateur) à la première TechCamp qui a eu lieu au Mali. Si ce n’est trop long comme titre.

Oui juste twitter, mon blog sur Mondoblog est ensuite venu donner plus d’ampleur et donner une certaine visibilité à mon travail de citoyen témoin, qui a refusé l’occupation et a  crié son désespoir et celui de toute la population d’une vieille ville qui reste encore connue-prestige passé ?- Tombouctou.

ET pas possible que cela devienne une rengaine, car au fur et à mesure que je progressais dans le journalisme citoyen, je me rendais compte qu’il était possible de partager mon expérience pour empêcher à mon pays de retomber dans les travers qu’il a connus ces dernières années. Certaines situations font que seul le  citoyen lambda peut porter l’information, en plus il peut être acteur à part entière du processus de démocratisation qui a du mal à s’affirmer dans des coins comme l’Afrique.

Avant de recevoir ces mails du Département of State et du Community of Democracies, fin du mois de mars, j’étais juste tranquille dans mon coin, écrivant très peu et lisant beaucoup de billets de blog, addicted à Twitter et aux débats autour de la vie politique malienne, jouant ma partition d’activiste qui dénonce les travers de la politique malienne et  continuant avec mon grain de sel personnel : l’ironie consciente et accusatrice.

Je vous avoue que je n’hésite pas à taguer le premier ministre malien, me réjouissant qu’il ait un compte Twitter. Il paraît que le Mali est en marche et que la démocratie s’instaure, et pourtant je trouve toujours à en redire via Twitter, car je suis sceptique, il faudrait que je le fasse savoir.

Pensez-vous que je dois faire attention comme beaucoup d’amis me l’ont recommandé ?

Malheureusement, je ne sais pas faire attention, je ne peux faire attention à ce que je dis lorsqu’il s’agit de mon pays.  Je crois que c’est mon devoir de faire ce travail via les médias sociaux. Bien sûr plus de la moitié des Maliens ne sont pas connectés à internet et  nous sommes encore au stade des médias traditionnels ici : télé, radio -surtout !- et même arbre à palabres, mais bon, il faudrait commencer par un point de départ ! Twitter et un petit téléphone chinois que je suis arrivée à connecter au réseau 3G – je ne sais plus comment- m’ont permis d’attirer bien d’attention sur ma modeste personne d’enseigne, autodidacte en informatique qui est devenue un véritable geek.

Une séance de formation, credit photo: Faty
Une séance de formation, credit photo : Faty

Donc me voici, formatrice pendant deux jours sur le thème de l’utilisation des médias sociaux par la société civile africaine avec une quarantaine de participants venant de l’Afrique francophone et 7 autres formateurs de plusieurs nationalités  et deux coachs du département d’Etat américain… deux jours formidables d’échanges et de discussions que je promets de vous relater dans un prochain billet.