Attentat

Un troisième attentat-suicide à Tombouctou

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Credit photo: Faty
Le quartier de la grande mosquée, Djingarey ber

Tombouctou, la ville mystérieuse a vécu le 3attentat-suicide de son histoire hier 28 septembre 2013 vers les environs de 13 heures temps universel.

La cité des 333 saints a été occupée par les troupes d’Aqmi (Al-Qaîda au Maghreb islamique) et d’Ansar Dine d’avril 2012 à janvier 2013. Elle a connu bien de tourments et de coups de feu pendant cette période si trouble.

En effet, le Grand Nord du Mali s’est retrouvé entre les mains des combattants touaregs, arabes et autres bandits de grand chemin, venus ; dans un premier temps, pour prêter main-forte au MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) dans sa soi-disant lutte de libération de « l’Azawad ». Ensuite une fois le MNLA  maté sur le terrain, pratiquer une (article indéterminé, pour vous dire que cela n’a rien avoir avec « la vraie charia- la loi islamique » ) charia sur les populations qui ont décidé de rester sur place. Je me rappelle ma tristesse en novembre dernier à Tombouctou, le jour de l’Aïd el fitr : les rues étaient vides, les mines renfrognées, même les boubous ternes.

La voiture piégée est entrée par le nord de la ville encore une fois. La surveillance de cette partie de la ville a été laissée aux troupes maliennes et celles de la Minusma  pendant que les forces françaises  s’occupent de la zone de l’aéroport.  Le véhicule  est passé  derrière le monument de la paix, à Abaradjou (quartier des Arabes de Tombouctou qui n’ont pas hésité à se joindre aux nouveaux occupants, car adeptes des fraudes et certains alliés de longue date).

Les kamikazes à bord de cette voiture chargée, comme celles des fraudeurs quand ils quittent la brousse, a traversé toute la ville, pratiquement sans voir aucun poste de contrôle, ni même croiser une voiture de patrouille des forces républicaines sur place. Mais il faut dire que depuis la libération du nord par Serval, on n’a cessé d’attirer l’attention sur le manque de professionnalisme des armées africaines, qui ne pensent qu’à boire et à draguer les filles (qui veulent leur part de ces fortes primes dont ils profitent). Pour preuve, 6 pick-up de l’armée étaient garés devant le bar de Baba Toubabou (un natif de la ville qui tient un bar que les islamistes avaient bien détruit, mais fort prospère maintenant).

Ils ne pensent même pas à prendre pour exemple ces jeunes soldats français aux regards rendus translucides par le sérieux.  Ils ne quittent pas leur poste, ne voient pas les formes avantageuses des habitantes, respectant les ordres à la lettre. D’ailleurs, ils ne voient rien en dehors des ordres reçus.  Pour se sortir d’affaire avec un Malien, suffit de lui dire connaître sa belle-mère ou plaisanter en racontant des âneries sur le cousinage à plaisanteries (tu identifies son ethnie et tu te mets dans la peau de l’ethnie cousine : dogon-songhaï ; mandingue-soninké, pffff !!!!).

L’onde de choc de l’explosion a fait écrouler beaucoup de vieilles maisons du quartier Djingarey-ber (la grande mosquée classée patrimoine de l’humanité par l’Unesco) . La peur en a immobilisé beaucoup sur le coup. Que de murs fendus ! Le marché ? Complètement déserté par les vendeurs qui y ont laissé marchandises et bourses ! La poussière a mis des heures pour se disperser et malheureusement deux innocents, un ânier (pas le tien Limoune) et son fils, au bon moment dans le mauvais endroit y ont perdu la vie.   Des militaires auraient été blessés et les déclencheurs de la charge ont réussi leur mission et savent à l’heure qu’il est qu’ils se sont fait avoir par ceux qui les ont endoctrinés, car le paradis n’ouvre pas ses portes à une personne qui dérange 333 saints  de cette manière en tuant des innocents. D’ailleurs, il y a plusieurs saints enterrés dans le camp  ciblé. Une vieille tante me confia s’être fait une idée de l’apocalypse en sentant la terre et toute sa maison trembler avec l’explosion.  Elle en est restée paralysée un bon moment.

Depuis mars dernier, date du dernier attentat, la région semblait plutôt calme en dehors des combats entre Touaregs et Arabes. Les populations noires les prenaient avec une certaine distance, car ces derniers étaient les alliés d’hier contre eux.

Maintenant l’heure est au bilan. Faut-il voir une simple coïncidence avec l’attaque à la grenade de deux gardes maliens à Kidal et le retrait des Touaregs du MNLA des négociations avec le gouvernement malien ?  Moi je n’y croirais pas malgré le communiqué laconique du MNLA qui continue dans ses divagations en parlant d’attentat sur les terres de l’ « Azawad » alors qu’insistance est faite pour faire savoir que ce mot arabe (oui, pas touareg !) ne désigne en aucune manière tout ce territoire qu’il réclame, que les Touaregs qui le réclament sont minoritaires dans la zone et qu’aucune autre ethnie n’adhère à leur projet de République.

Je pense que nous n’avions vu que les cornes, pour traduire du djerma. Ce n’est que le début.  Ils feront tout pour faire pencher la balance des négociations en leur faveur et je ne pense pas que les liens du MNLA avec Aqmi et Ansar Dine soient aussi morts qu’ils le font savoir.la grande mosquée

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