autonomie

Lettre ouverte d’une malienne au futur president du Mali

Posted on

credit photo: abamako.com
credit photo: abamako.com

Excellence Monsieur le président

C’est le cœur plein d’espoir que je vous écris cette lettre. Je sais, vous ne me connaissez pas, mais bon je suis juste une jeune malienne qui ne veux garder  que l’espoir et crois à un avenir rayonnant pour son pays malgré les mésaventures que nous avions connus  depuis notre indépendance en 1960. Je sais que la campagne électorale sera fermée ce soir et que les dés sont déjà jetés.

Monsieur le président, quel que soit votre nom, je n’ai pas voté pour vous, sachez-le. Pas parce que j’ai mis un bulletin blanc dans l’urne  comme j’en avais l’intention, ou parce que je ne comprenais rien à la procédure de vote comme beaucoup de mes compatriotes.

NON, je n’ai pas voté parce que je fais partie de ces milliers de maliens qui ont pris la poudre d’escampette vers le sud lorsque leurs villes ont été occupées par des barbus maigrichons et analphabètes qui prônaient une autre charia.

Ces déplacés qui ont acquis le titre de réfugiés dans leur propre pays. Et avec le privilège de devenir invisible. En effet, mon président, j’ai l’impression de ne pas exister.  De n’avoir plus les mêmes droits que les autres maliens. Bien sûr,  je continue à percevoir mon salaire d’enseignante mais encore… c’est à peine si j’arrive à m’en sortir avec toutes ces dépenses et la responsabilité de la capitale : Nourriture, loyer, transport, santé. Nous n’étions pas habitués à cela dans notre  « nord », je ne veux pas dire notre brousse  comme pensent beaucoup d’autres. Nous y étions bien, et là-bas nous étions des citoyens à part entière qui pouvions voter quand l’occasion se présentait.

Monsieur,  je ne veux pas du tout m’épancher sur votre passé, que ce soit celui d’un premier ministre  qui supprima la bourse des collégiens durant son mandat ou d’un ancien ministre des finances originaire justement d’un nord qu’il semble l’oublier. Mais prennez en compte la souffrance de ces déplacés qui ne veulent que la « paix » pour retrouver leurs terres et leurs occupations d’antan.

Mon président, ne soyez pas comme tous ces candidats à la présidence qui nous ont promis le changement  pour mettre en place un savant système de corruption et favorisant le népotisme qui a mis les jeunes du pays sur les routes clandestines de l’immigration. J’espère que cette fois-ci le discours envers les jeunes ne sera pas seulement feux de paille ayant pour but de les pousser seulement à vous accorder leur voix.

J’espère qu’une refonte du système éducatif sera votre chantier. Nous en avons besoin. L’école malienne est à genou. Les écoles privées qui ne pensent aux subventions de l’état au détriment de la qualité dès l’enseignement fleurissent chaque jour aux cotés de celles élitistes que seuls les enfants de riches, vos enfants peuvent fréquenter. Je vous en prie, ayez pitié de ces milliers de paysans, analphabètes qui pensent plus à la main d’œuvre dont ils ont besoin pour l’agriculture aux techniques archaïques qu’ils pratiquent, qu’à inscrire leurs enfants à l’école.

Mon président, surtout pensez à la femme malienne. Qu’elles soient rurales ou citadines, aidez-les à s’extirper de pratiques obscurantistes comme l’excision et le mariage forcé pour lui permettre aussi de participer au développement de son pays ; un citoyen  qui aura étudié, qui  se sera forgée une opinion et s’en remettra aux décisions des hommes.  Je ne suis pas un dragon du féminisme qui voudrait couper la tête de tous  les hommes, responsables de leurs malheurs, non, je suis juste une jeune malienne engagée pour son pays.  Qui voudrais que vous permettiez aux femmes d’être des acteurs du développement, d’être  députés, maires, directrices, PDG .

Parce que ressortissante du nord du pays, je ne vous dirais pas de penser  au développement du nord, non, je suis malienne, j’ai parcouru le pays, et je sais que le sud n’est pas plus mal loti que le nord. Je sais que certaines idées divulguées dans ce sens pour justifier cette rébellion ne sont pas fondées.

Moi ce que je voudrais, c’est que vous combliez ce fossé qu’ils veulent creuser entre le nord et le sud du Mali par le racisme ou la religion.

Monsieur, je tiens à ma nationalité, à l’unicité de mon pays plus que tout. Comme tous les vrais maliens. Comme vous j’imagine. Je vous fait confiance pour empêcher à ces séparatistes qui ne sont en réalités que des commerçants qui troquent facilement la Kalachnikov contre une guitare, si ce n’est un micro, de faire reprendre à notre pays  un nom presque oublié : Soudan. Le soudan du nord et celui du Sud existe déjà, s’en ai assez. Le Mali est un et indivisible. Faites-le leur savoir. Monsieur.

Ils veulent l’autonomie ?  Je ne sais pas ce que vous dites sur ce sujet dans votre programme, mais la décentralisation, la démocratie, la liberté d’expression n’est-elle pas une autonomie ? Sachez –le, moi et beaucoup de maliens vous en voudrons si jamais,  vous vous hasardez à tomber dans le même piège que le président qui vous a précédé et dont il est inutile de dire le nom. La moindre faveur en leur égard se retournera en votre défaveur et pourra servir à vos adversaires des élections prochaines. Nous ne voulons plus d’eux dans notre armée. Ils veulent des avantages ? Qu’ils laissent tomber les armes pour se consacrer aux activités qui connaissent et qui peuvent  leurs rapporter des revenus : l’élevage, le commerce, la musique, l’hôtellerie. Qu’ils oublient le trafic de drogue et la politique du peuple martyre.  Le peuple touareg n’a que trop souffert . Il  aspire à la tranquillité  et à la paix pour jouir des bienfaits du  désert  et leurs troupeaux du pâturage.

Mon président je ne sais pas comment vous allez vous en prendre, mais je vous en prie,  faites renaitre notre armée de ses cendres.  Oui, cette armée qui a fait objet de tellement de railleries (de part aussi hein !) dont vous serez le maitre, doit être le garant de notre souveraineté. Je ne voudrais plus jamais entendre dire que nos soldats ont replié, qu’ils ont été massacrés par des rebelles mieux armés, qu’ils ont fait un coup d’état ou pire qu’ils se sont entretués  comme nous l’avons vu  faire les bérets vert et rouge. Plus de sous-couvert pour les recrutements et plus de junte qui jouit de privilèges de chef d’état et nous oblige à nous arrêter aux feux de signalisations à chaque passage.

Mon président, le chantier est fastidieux, mais je crois en Dieu, je crois en vous. Je serais là, à chaque tournant de votre pouvoir pas pour vous juger, mais juste parce que le Mali est mon pays et je veux y rester et y vivre.  Mon vote aux prochaines élections présidentielles dépend de vos réalisations durant ce mandat si délicat.

 

credit photo: maliactu.net
credit photo: maliactu.net