blog Action Day

Blog Action Day, bloguer pour les droits de l’homme

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blogactionday2013

« The blog action day » est un évènement qui se veut planétaire. Plus de 1000 blogueurs du monde mettent leur talent en commun pour parler d’un thème le 16 octobre de chaque année.

Le thème de cette année est «les droits de l’homme » . Un thème d’actualité eut égard aux conflits qui ont éclaté un peu partout sur la planète, notamment au Mali -charité bien ordonnée commence par soi-même non ?-, Syrie, RDC, Centrafrique… 

Le préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme stipule que c’est « la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme qui ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme ».

Ainsi, les droits de l’homme encadrent un vaste domaine et couvrent tous les domaines d’action de l’homme.

Suis-je libre quand je ne peux même pas lever la tête pour regarder les autres seulement à cause de mon genre ?

Quand je ne peux rien dire ?

Quand je devrais faire attention à ce qu’un homme n’entende pas ma voix parce que je suis une femme ?

Quand je ne peux plus partir à l’école et m’instruire  ou donner l’instruction à des enfants ? Quand je suis obligée d’emprunter une ruelle pour échapper à l’oppresseur qui déambule arme en main et m’en menace à tout bout de champ, que dis-je quand je ne n’ai même pas le droit de sortir dans la rue ?

Au mois d’avril de l’an 2012, les femmes (dont moi) de Tombouctou ont pu faire la mesure du préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour une ressortissante de la ville, il serait aisé d’avoir des témoignages, mais je suis un témoin. Déjà. J’étais là quand ils sont entrés dans la ville. Avec armes et tambours.

Comme toutes les autres femmes j’ai porté le voile intégral pour échapper à leur fouet en peau de chamelle.

Les femmes se sont retrouvées otages de groupes armés prêcheurs d’un islam fondamentaliste. Les habitants sont devenus du jour au lendemain les cobayes. Il leur fallait  tester leurs théories moyenâgeuses et complètement décalées de la réalité qui n’ont rien à voir avec l’islam pratiqué au pays.

Les hommes ont été avertis, dans les mosquées: « dites à vos femmes de s’habiller correctement, qu’elles évitent de parler aux hommes qui ne sont ni leurs frères ni leurs maris en public, et qu’elles ne sortent pas la nuit. »

Qui pour leur parler des femmes ? D’égalité des sexes ? De parité? De  l’importance de l’éducation alors qu’ils ont investi les écoles et détruit tout document se rapportant à l’école des blancs sont des Kafr (mécréants non musulmans) ?

Personne. Pas une voix. Pas une tête. Pas une association. Le Mali au loin se débattait entre les mains des hommes de Kati et la CEDEAO (communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest). On avait l’impression que Tombouctou était redevenu ce village lointain qui attira René Caillé jadis.

Chacun cherchait à sauver sa peau. J’en ai un peu plaisanté lorsque les pseudo-islamistes ont enfin décidé de s’en prendre aux hommes en recommandant un pantalon au ras du mollet. Mais mon humour était juste une dénonciation de ce non-respect des droits de l’homme. Les hommes n’ont pas secouru les femmes, c’est vrai mais il fallait sauver d’abord les vies, quitte à laisser les petites filles à la maison, à leur faire porter le voile intégrale à 4 ans, à donner des jeunes filles précocement en mariage à des inconnus contre des sommes mirobolantes – de la fausse monnaie en réalité-

Bloguer me permettait de lutter pour les droits de l’homme. Vous pouvez en faire le constat en le parcourant mon blog qui était un peu rustique avant la touche artistique de Simon à Dakar.

Bloguer permettait de dénoncer les abus faits aux femmes dans la cité des 333 saints.

Ces prétendus salafistes étaient ainsi la cible principale de mes railleries.

Peut-être que mon plaisir aurait été plus grand s’ils me lisaient?

Mais je me demande si je serais encore en vie si ces barbus qui campaient à moins de 50m de chez moi me repérait, ne m’auraient pas emprisonnée ? Comme cette vieille femme touareg, noire, enfermée dans la petite cabine réservée au distributeur automatique d’une ancienne banque d’état qu’ils ont transformé en police ? Pourtant elle n’est point nue.

Son délit ? Ne pas porter le voile de leur femme.

Oui le voile de leur femme. Les femmes touaregs et arabes. Leurs voiles légères aux couleurs bariolées qui sont bien loin de celles standards de l’islam qui devraient permettre à la femme d’échapper aux regards et aux désirs des hommes.

Ce port forcé de ce type de voile dévoile le coté raciste de ce conflit.

Je ne sais plus où j’ai mis le petit tract sur « ce fameux voile intégral » qu’ils m’ont remis en me félicitant pour la qualité de mon habillement qui répondait aux règles de l’islam. Mais heureusement que dans le but d’un article que je n’ai pu finir je l’avais recopié mot pour mot, sans y changer un virgule ni corriger une quelconque faute :

0 Prophète  des épouses, A tes filles, et aux femmes  des croyants de ramener sur elles et leurs grands voiles : elles seront plus reconnues et éviteront être offensées. Allah est pardonneur et miséricordieux. Coran 33 :59

La voile intégrale

  1. Elle doit couvrir  tout le corps
  2. Ne doit pas être transparent
  3. Elle doit être large pour ne pas montrer le corps de la femme
  4. Elle ne doit pas être colorée
  5. Ne doit pas être pour la modernité
  6. Elle ne ressemble pas à l’habillement des hommes
  7. Ne ressemble pas à l’habillement des femmes juives
  8. Ne doit pas être parfumée.

L’intervention de la France a peut-être mis fin aux séances de bastonnade et de coupe de membres pour vol si ce n’est d’exécution, mais le combat reste entier. Les stigmates sont là. Il y a eu une fracture sociale au nom du droit à l’autodétermination d’une minorité qui a su se munir de bons porte-parole en Europe.  Cela va des membres du MNLA qui font la ronde des studios de télévision aux chanteurs qui évoque une nostalgie et une mélancolie de la liberté de leur désert perdu dans un pays qu’ils rejettent.

Le proverbe songhoï dit «  quand le coiffeur se transforme en barbier, l’affaire est en mauvaise voie pour qui veut une tresse »…

Maintenant l’occupation est finie,  pourquoi ne pas trouver les raisons pour nous indigner comme nous le conseille si bien le doyen Stéphane Hessel ?

Bloguer est formidable et tellement utile!