Gao

Je suis malienne et je chique du tabac

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Ma série sur la femme malienne continue et de belle manière après le lycée des filles de Tombouctou  (cette ville m’obsède on dirait, mais le retour n’est pas loin) Bamako, le mariage secret de Tombouctou  (en commun avec d’autres mondoblogueuses- cette fois-ci je ne me trompe point sur la ville- et la recette magique du poulet aux plumes, l’épisode 4 porte sur une bien étrange pratique que j’ai découverte à Gao.

credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Non je ne devrais pas dire que je le découvre à Gao, car cette manière de chiquer le tabac chez les femmes existe à Tombouctou aussi, seulement ce sont des vieilles dames qui le font là-bas. Et elle ne demeure pas l’apanage des femmes seulement, certains vieillards le font aussi.

Mais à Gao, je découvre une voisine d’une trentaine d’années qui est pratiquement tabac-dépendante. Elle l’assaisonne avec de la cendre de tige de mil brulée. Plutôt pas cher, comparé à la cigarette, le tas de 200 F Cfa qu’elle achète par jour lui suffit largement. Elle en donne même parfois une pincée à la voisine d’en face, légèrement plus âgée. Vous êtes loin de réaliser mon étonnement, pendant que les autres échangent du beurre de karité ou du cola, elles sont toujours en train de se demander du tabac ou les cendres, qu’elles achètent aussi, soit dit en passant- je parle de la cendre-

C’est maintenant que je me rends compte de la justesse de la conclusion de mon mémoire de fin d’études sur la toxicomanie au tabac en psychologie. J’ai vu seulement la dépendance à la cigarette alors que le titre était la toxicomanie au tabac. Seulement les prostituées et certains cas de déviantes sociales (les acculturées et les Maliennes nées et élevées à l’étranger) s’y adonnent affirmais-je sur l’état des lieux de la consommation de cigarettes chez les femmes au Mali. Je n’ai point vu cet aspect. Si tabac =tabac, je devrais notamment parler de cette pratique. Dans cette zone -qui n’a pas de nom malgré le désir de groupuscules d’y créer un état de toutes pièces allant de Douentza à Kidal, les femmes chiquent dès le bas âge. C’est presque du ressort de la tradition.

L’ampleur de cette pratique dans la ville de Gao m’a  beaucoup surprise.  Le tabac a sa petite place dans le panier de la ménagère au marché. Ici les consommatrices commencent à la trentaine. Mais j’appris que plus on remonte vers Kidal, dans les tribus (ici on utilise aussi le terme de fraction, mais je ne l’affectionne pas beaucoup) touarègues, on chique de plus en plus jeune.

Lorsque vous remontez vers la région de Tombouctou, des zones comme Bamba, Bourem, Téméra, la pratique est également courante.

Fadimata me raconta son histoire en chiquant son tabac. Je prends quelques photos pour illustrer mon article.

Je l’observe, discute beaucoup avec elle, pour connaître le fond de cette dépendance. J’observe également autour de moi, au marché les femmes sont la clientèle de choix pour les vendeurs de tabac que je trouve bien nombreux.  J’interroge ma voisine qui a une boule de tabac en permanence au coin de la joue. Comment est-ce arrivé ? Pourquoi une telle dépendance ?

« C’est ma grande sœur qui m’a appris à chiquer. Je n’avais même pas sept ans. Elle avait déjà une dizaine d’années et les parents lui donnaient sa dose après le repas. Elle m’amenait dans un coin et me donnait un petit bout que je mettais dans ma joue. Je m’essuyais la bouche pour venir m’assoir comme si de rien n’était. »

« A 12 ans j’étais complètement accro et quand j’allais faire un séjour chez ma sœur, je faisais le tour du voisinage pour demander du tabac à son nom, car ce qu’elle me donnait ne me suffisait plus. »

Mon père était un grand chiqueur, il cultivait uniquement du mil pour en obtenir la cendre de la tige brulée qu’il mélange au tabac pour le chiquer. En dehors de cette cendre, d’autres utilisent de la soude minérale ou la cendre de la combustion du bois.

« Mon père chiquait beaucoup », me dit –elle, « mais je crois que je l’ai dépassé. Quand je n’avais plus de tabac, je me mettais à la porte et halait les passants en les suppliant de me donner du tabac. Cela ne lui plaisait pas et il est parti voir un marabout pour qu’il fasse quelque chose à une boule de tabac que j’ai chiquée. Rien.  J’ai continué à chiquer de plus belle. J’ai eu peur quand les moudjahidines ont envahi Gao. On disait que le tabac était interdit comme la cigarette. Je me suis demandé ce que j’allais devenir, car je sais que je ne pouvais pas vivre sans. Mais heureusement ce n’était pas possible pour eux de rentrer jusque dans les maisons pour nous contrôler. »

–         Mais ils ont frappé des gens ici à Gao pour avoir fumé ou même écouté de la musique dans des lieux publics ? Lui demandais-je  contente d’avoir un témoignage concernant ces faux prêcheurs de la parole d’Allah.

–         Certains disent qu’ils ont même tâté la bouche de certains au marché pour en faire sortir la boule de tabac. Mais je n’y ai pas assisté. Mais quand même beaucoup de jeunes se sont fait frapper par les moudjahidines pour avoir écouté de la musique, fumé ou bu de l’alcool. Mais cela ne les a pas empêchés de résister et de continuer à le faire. Les jeunes de Gao se sont montrés très courageux pendant cette occupation. Ils ont failli rendre les moudjahidines fous, tu sais !

–         Tu trouves que c’est une bonne chose que fumer, de boire de l’alcool ou de chiquer ?

–         Non, mais c’est une peine que Dieu nous a imposée dit-elle. Seul Dieu peut nous en soulager.

–         Mais les moudjahidines ont interdit tout cela parce que Dieu ne l’aimait pas non ?

–         Oui, mais c’est Dieu qui fait certaines choses aussi à sa créature.

–         Penses-tu pouvoir arrêter ?

–         Si Dieu me le permet oui, sinon, je crois que c’est difficile pour moi. Quand je n’ai pas de tabac, je deviens comme folle. J’en ai en permanence dans la bouche. Même la nuit.

Elle a répondu à mes questions le sourire aux lèvres.  C’est elle qui me parla des différentes variétés de tabac qui sont consommées à Gao.

Il y a trois types de tabac : celui que Fadimata chique  s’appelle tounouss, il a l’avantage de ne pas sentir.

C’est le tabac des « Sourgouboraye», les Touaregs. Il y a également parmi les types de tabac « le soma », qui est cultivé dans la zone d’Ayorou (région du Niger qui est frontalière avec le Mali. Elle est peuplée aussi par des Songhoïs).

credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Le tabac de Bamba, comme son nom l’indique est récolté dans la zone de Bamba, à 150 km de Gao. Il dégage une forte odeur, mais est préféré par certains chiqueurs- je ne veux pas dire chiqueuses, car je ne sais pas si le mot possède une autre signification-

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Le Poulet aux plumes

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pouletsAprès un voyage retour vers Gao beaucoup moins mouvementé, à bord de la voiture particulière d’un projet de développement, me voici dans la cité des Askia à mener une vie de ménagère encore deux mois avant la reprise des cours à Tombouctou ‘’inchallah’’.

Je retrouve Gao et son délestage. Pas  d’électricité le jour, Oui ! Deux nuits sur trois ? C’est ce qui est dit mais ce n’est  jamais effectif. Je suis là depuis vendredi et ce n’est que ce dimanche nuit l’énergie du Mal Mali nous envoya le précieux sésame.

Je me dis « vite, branche ton téléphone » je pourrais travailler avec la vieille dame (mon ordinateur) et coucher (pas accoucher car l’exercice est beaucoup moins douloureux !)peut être un article. Mais il me faut d’abord finir le diner ; surtout que nous avions des invités.  A peine une heure de temps et c’est le noir… je veux dire le clair de lune … coupure ! Dans une heure l’électricité reviendra certainement.

N’empêche, Je suis bien pressée de vous parler de cette nouvelle façon de cuisiner le poulet que j’ai découvert à Gao, mais il me faudra attendre le bien vouloir de l’EDM (énergie du Mali). L’électricité est bien revenue une heure plus tard, mais il me faut prendre  mon mal en patience, dompter mon instinct de konghosseuse. Ce n’est qu’une fois débarrassée de toutes mes corvées d’africaine au foyer que je pu me consacrer à ma passion.

Ce billet s’ajoute bien volontiers au deux premiers de la série dur les femmes maliennes même si l’auteure de la recette n’a point atteint l’âge d’être une femme. Mais elle nous amène à parler d’un autre fait de notre société que je ne peux que dénoncer : le mariage précoce. (Même s’il n’est pas forcé dans ce cas).

C’est une heure après mon arrivée à Gao que j’ai entendu parler de cette recette qui me fit penser à aurore (à cause de son poulet bicyclette ?).

C’est l’histoire d’une fillette qui ne doit pas avoir 13ans qui a convolé en justes noces avec un homme de l’âge de son père pour en être la seconde épouse.  Elle était consentante, dit-on et bien contente de se marier à celui qui lui donnait  autant d’argent de poche qu’elle voulait. Celui qui acheta le téléphone (chinois) pour jouer la musique qu’elle désirait tant.  Elle sourit avec béatitude lorsqu’on l’appelle «  waye hidjo » « la jeune mariée » bien  qu’elle n’en donne pas l’image.

Mais est-elle en âge de comprendre ce à qui elle s’expose ? Les dangers d’une grossesse à cet âge ?

Une jeune mariée en pays songhaï porte des habits neufs, amples, est tressée avec art et  surtout reste un bon moment sans sortir. Ce n’est pas le cas de Madame… (Appelons là Madame Z, pour ne pas dire X qui pourrait faire penser à mal) qui aime encore faire ce que toutes les petites filles du monde, je veux dire africaines ce sont elles que je connais le plus : jouer et se promener avec ses amies du même âge.

Donc bien que ses parents l’eussent donné en mariage, Madame Z n’est pas du moins consciente que son statut en société a changé bien qu’elle sourit à son nouveau nom. Elle ne semble pas. Non. Elle ne connait pas la signification du mot bien qu’ayant déménagé chez lui, elle ne fait pas encore.  Et personnellement je me suis posée des questions sur l’identité et le poids du cerveau de ses deux parents réunis (plus petit que celui de madame Z en tout cas !) surtout sa mère. Bien après je me demandai si la mère n’avait elle-même pas été mariée au même âge. Car, dans ce bas pays on marie les filles avant qu’elles ne soient pubères.  D’ailleurs, ma voisine n’est pas très contente de sa fille Nanna, du même âge que Madame Z   qui a refusé un mariage du même genre. Si elles étaient  scolarisées, elles auraient eu un prétexte. Mais la scolarisation et la rétention de la petite fille à l’école n’ont  pas un bon taux au Mali. Les parents pensent que le mariage est le meilleur des moyens de les protéger de la débauche et des grossesses prématurées. Quand, les petites filles font comme Madame Z et apportent un homme prêt à les épouser, ils sont contents, que dis-je ils en sont ravis, heureux…Ils en sautent de joie.

Madame Z ne sait pas ce qu’est le mariage, elle n’en connait pas les contraintes pour une femme en Afrique. Il faut non seulement faire le ménage (toute seule hein ! au pire tu peux avoir une aide-ménagère) mais aussi accepter d’être aux ordres d’un mari à qui tu dois respect.

Sa vie est plutôt joviale  chez ses parents, jusqu’au jour où son mari décida de lui faire passer un petit test (au bout d’un mois de mariage et de stage chez sa maman) en lui       apportant deux poulets à cuire pour le déjeuner.

Madame Z n’ayant pas encore eu le temps de se mettre à côté de sa maman pour apprendre à faire la cuisine ou le ménage fut dans l’embarras pour préparer le mets de son mari chéri en l’absence d’une mère pas très futée aussi.

Heureusement que le dégustateur de poulet prit le soin d’égorger les poulets avant de les lui laisser. Car après un tour au marché pour acheter des condiments sans grand choix, Madame Z  parvint à faire du feu bon gré malgré et après  les condiments, les poulets lavés dans un grand seau d’eau atterrir dans la grande marmite. Sans les plumer !

Ce sont deux de ses amies, qui ne l’avaient pas vu depuis le matin qui vinrent la trouver fort occupée.

–          Qu’est-ce que tu prépares ?

–          Des poulets

Aussitôt l’une ouvrit la marmite.

–          Mais comment tu es en train de faire ?

–          J’ai mis les condiments et les poulets

–          Mais il y a les plumes !

–          Oui, je les ai bien lavés.

–          Tu es folle ? on enlève les plumes, elles sont sales

–          « Macine waye hidji tini »? tu es quel genre de jeune mariée ? lui dirent-elles en éclatant de rire.

Mais elles firent descendre la marmite et plumèrent les poulets déjà embués de tomates et autres épices. Mais il fallait être courageux pour le manger. Ces les fillettes se sont bien amusées avec sans prendre le soin de se laver les mains.

Quand à Madame Z,  Elle ne sembla même pas comprendre la portée de sa recette si innovante.

Lorsqu’on me la montra aujourd’hui au marché je compris. C’est vraiment une fillette.  Sans poitrine. Maigre. Joyeuse.  Présentement madame Z est en apprentissage chez sa propre maman. Je me demande quand est ce qu’elle sera jugée apte pour avoir son foyer, dans deux ans ? Trois ? Elle aura au pire 16 ans. Encore petite !

On ne rit que de malheur, dit un autre proverbe djerma…faut-il donner cette recette à toutes les petites filles qui se retrouveront dans cette situation ?

Il faudrait surtout pour  la reconstruction, que  nous  prenions en compte la scolarisation de la fille. L’école et l’éducation sont les meilleurs moyens d’échapper à une vie entière de peines et de corvées. Il ne faudrait pas  oublier l’apport de ces jeunes une fois alphabétisées au développement de la région et du pays tout entier.

Voyons l’exemple des premières filles scolarisées d’Afrique : Madame Jeanne Martin Cissé de la guinée,  Awa Keita, Sira Diop du Mali, elles ont participé au mouvement libéral de l’Afrique en luttant pour son indépendance.

Les amis, je suis à Gao

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Credit photo: Faty
Credit photo: Faty

J’ai quitté Bamako dans les mêmes conditions que tous les déplacés du nord du Mali : Difficiles.

C’est en croire que les compagnies de transport se moquent de nous. Au pire, ils nous prennent pour du bétail.   J’étais en partance pour Gao. Le billet m’a coûté les yeux et le nez de la tête. En plus je n’ai pas droit amener une seule chemise  (je veux dire un pagne car je ne porte pas de chemise) avec moi. Il m’a fallu payer  l’équivalent du prix du billet pour qu’une partie de mes bagages puissent me suivre après un effort que vous aurez du mal à imaginer. Mais je vous raconte : j’étais convoquée à la gare de cette compagnie qui a pour effigie une chamelle (ou c’est un chameau ?) à 10h. J’y suis arrivée bien à l’heure, voulant respecter mon statut de « ponctualité personnifiée ». Mais la place était déjà bien prise par des bagages de tous genres : des sacs de voyage, des valises, des sacs de riz remplis d’autres choses quand ce n’est pas du riz et du sucre, des balluches gigantesques…

Il faut dire que la blogueuse en situation  que je suis est aussi surchargée : deux valises et deux sacs.  Un agent de la compagnie les marquèrent sans parler argent. J’en fus étonnée car d’habitude c’est ce dernier qui prenait les frais de transport des bagages. Une connaissance  de Tombouctou qui partait bien à Tombouctou et comptait descendre à Douentza, me dit que la compagnie ne prenait plus de frais pour cela. Hum… attendre n’est pas un poids dit un proverbe Djerma.

En effet, il a fallu attendre vers midi pour les entendre nous dire d’embarquer les bagages.  Un monsieur qui semble être le convoyeur contrôlait que tout bout de voyage passait par un certain Mohamed, un jeune arabe qui parlait bien le sonrai de Gao. Ce dernier ne voyait que les voyageurs qu’il semble connaitre mais ne se gênait pas pour fixer des sommes faramineuses pour ces bagages.

« Seuls les sacs de voyage et les valises doivent embarquer, les sacs doivent aller par le camion qui partira demain » disait la consigne. Mais Mohamed fit embarquer plus que des sacs, des grandes tasses attachées dans des draps. Mais je vous assure je me suis débattue comme  diable pour me retrouver nez à nez avec mes bagages dehors. Car ne pouvant pas réussir l’exploit de les porter tous ensemble et surtout de les faire embarquer d’un coup comme ceux qui maintenant sont tranquillement assis dans le car que le chauffeur fait ronfler d’ailleurs. L’énervée grave.

Quand je dis à Mohamed en sonrai « donc celui qui ne te connait pas ne doit pas acheter un ticket dans ta compagnie », le convoyeur m’entendit. Mohamed  se contenta d’essayer de chercher  une place pour la Nième baluche d’une vieille dame de sa connaissance. Il ouvrit un coffre qui était rempli de sacs de tout genre. Le convoyeur vint s’arrêter. Je me mis à protester de plus belle.

«  Donc je ne partirai… c’est la première fois que je voyage par cette compagnie, je crois que ce sera la dernière ! Une fois n’est pas, que dis-je n’est jamais coutume. » Le convoyeur réagit comme je m’y attendais.

« Mais c’est rempli des sacs de sucre, faites sortir ces sacs et mettez les valises de la dame. Ils partiront par le camion ».  Le Mohamed continuait à pousser son sac pour qu’il entre. Le monsieur le lui tira des mains et ordonna à un apprenti de tout débarquer.

« Madame payez la somme qu’il vous a dit de payer. »

« Mais il ne m’a pas parlé depuis l’aube que je suis  là ! C’est combien ? Mohamed. »

« 15.000 » « pour mes habits seulement ? Ok je paye, de toute manière c’est juste ce moment, quand nous aurions tous rejoints notre nord, nous verrons à qui vous allez faire ça ! ».

C’est en sueur que j’entrai dans le car qui s’apprêtait d’ailleurs à partir.  Le convoyeur est juste derrière moi. « Il n’y pas de place » me plaignis-je.

Il me fit asseoir et me dit en plaisantant. «  Toi si tu ne fais pas attention, tu vas payer le cola ».

Et me voici en route pour Gao. Du moins le croyais-je car nous ne sortîmes pas de Bamako que nous respectâmes la tradition avec ces compagnies : panne.

La voiture ne pourra pas nous amener à Gao. Je fis cette conclusion en voyant le chauffeur et ses apprentis s’éloigner du véhicule après avoir tenté une réparation pendant une quinzaine de minutes. Au bout d’une heure. On me donna raison car un monsieur (certainement un enseignant car parlant beaucoup et ayant des lunettes) vint annoncer la nouvelle. Ce n’est qu’au bout de 5h de temps que le bus de rechange arriva.

Quelle aubaine. Je vais en profiter pour changer de la place car le voisin avait encombré la mienne de bidons de 20 litres vides. Je veillai au transfert de mes bagages avant de me chercher une bonne place. Ceux qui perdirent leurs places cherchèrent à faire une fronde. Mais je me contentai juste de suivre d’une oreille discrète, sachant que je ne laisserai la mienne pour personne.

Le trajet a été plutôt tranquille, ponctué  de contrôle d’identité aux différents postes de  sorties et d’entrées. Rien de changé à par le nombre des hommes en uniformes.  Ceux qui n’ont pas de pièces d’identité continuent à payer les mêmes 500 F CFA sans reçu.  Il a y juste une étrangère qui devrait être camerounaise ou ghanéenne à qui ils demandent chaque fois le carnet de vaccination sans pousser le contrôle jusqu’à lire la date du dernier tampon.

Beaucoup de villes traversées. Fana, Ségou, Bla, San, Sévaré. La présence militaire augmente au fur et à mesure qu’on approche du nord.  Je n’ai pu faire un constat concernant la ville de Konna car nous l’atteignîmes en pleine nuit. Avec ma si grande vision, c’est à peine si je voyais le bout de mon (joli !?!) nez.

credit Photo: Faty
credit Photo: Faty

« La frontière du Mali » dixit un officier malien, en Novembre quand je partais à Tombouctou, en pleine occupation.  Les militaires maliens qui y étaient avaient une férocité indescriptible. Ils ont failli me manger pour mon appareil photo à l’aller et au retour mes bagages et ceux des autres voyageurs ont été fouillés pièce par pièce. Le militaire chargé de la besogne en profitait d’ailleurs pour nous crier dessus et donner des coups de rangers dans les valises ouvertes.

« Ce n’est pas nous votre problème, allez-vous en prendre aux maigrichons barbus qui vous ont chassé du nord, au lieu de nous enquiquiner ici ! » avais-je pensé à l’époque.

Mais à Douentza,  je pus faire mon premier rapport : la ville est hyper militarisée maintenant.

en route vers Gossi
Crédit photo: Faty

En Novembre 2012, la ville était sous contrôle du MUJAO (Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest). Je me rappelle que nous nous (les femmes du voyage) étions déjà ensevelies dans nos voiles intégrales que j’hésite à appeler Burka car faites en voiles légères et de couleurs chatoyantes. Là , plus d’obligation, mais j’ai mon voile quand même. Je le portais bien avant que ces bandits se rassemblent pour prôner « leur charia particulière ».

Au poste de l’entrée de la ville, il y avait un pickup et quelques jeunes recrus « peulh et haoussa du Nigéria » avais-je constaté.

Maintenant, ce sont des maliens. Ils ont arrêté à l’entrée du car et tu donnes ta carte d’identité pour sortir. Celui qui semble commander se fait appeler « français » par les autres. Il est mince. Droit. La mine renfrognée. Un français. Un français ? Qui sourit dès qu’on leur remit la somme de ceux qui n’ont pas de cartes d’identité. Un malien. Je souris et secoua la tête (encore ! c’est un geste que j’exécute chaque fois que je ris jaune, quand j’ai mal pour mon pays.)On  n’en finira jamais avec cette corruption ! En pleine guerre, ils pensent encore à se mettre les sous des pauvres citoyens dans les poches.

Cette fois-ci que de militaires : des bérets verts, des casques bleus,  des maliens, des tchadiens  et quelle nationalité encore ? Un béret rouge stoïque, se tient comme un robot. Il semble attendre notre départ pour nous accompagner.  Que de voitures militaires. De longs véhicules marquées de l’insigne « UN ». Mais aussi des voitures de la campagne électorale bariolées aux couleurs des candidats et de leurs partis.  Une femme qui passe sur une belle Djakarta bleue neuve. Oh, la liberté est vraiment dans cette contrée !

Le reste du chemin jusqu’à Gao fut ponctué  par ces contrôles plus que légers ; juste pour détecter les fautifs qui ne l’ont pas. C’est comme s’ils ne savaient pas qu’il y a eu une pénurie de papier pour confectionner le fameux sésame qui semble représenter un certificat de non adhérence à la rébellion.

 

Le poste de Gao ne s’est présenté que vers 17h.  C’est bien différent. Le car s’est rangé sur le côté. Nous nous regroupions devant un premier militaire qui nous demande de passer présenter nos pièces à un autre à 5m. Je demande s’ils pratiquent une fouille au corps.

« Non » me répondit une femme qui semble avoir plusieurs fois fait le trajet.

«  Ça se faisait pendant les premiers jours de la reprise de la ville car on craignait ce qui se font sauter. Ils contrôlent juste les hommes.

« On regarde aussi si toutes les femmes sont des femmes. » dit une autre. Nous avons marché 100m pour être rejoints par le car et traverser rapidement le pont Waberia.

Dès les abords du pont, je pus capturer  par une première photo la place importante des femmes dans la vie de cette ville historiquement songhoï.