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L’hommage de Mondoblogueurs à Ghislaine et Claude

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Ghilaine et Claude à Kidal en mai 2013
Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal en mai 2013

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journaliste et technicien chevronnés de Radio France Internationale ont été assassinés après leur enlèvement dans la ville de Kidal.

Ce billet est un hommage à ces deux journalistes, morts dans l’exercice de leur fonction. Pour la liberté d’expression.

Faty, Mali

La nouvelle de l’assassinat de Ghislaine Dupont  m’a fait l’effet d’une douche froide en hivers. J’en suis restée paralysée. Hagarde. J’essaye de me rappeler le timbre de la voix de celle qui était parmi mes journalistes préférés à RFI. Je n’y arrive pas. Vite la radio.

Quelque chose m’étreint le cœur. Une douleur. Une rage. La colère. Je n’arrête pas de dire « tchrrrrrr ». Je pense : « Cette grande dame ! Pourquoi la tuer sauvagement comme ça ? »

Je ne sais quand j’ai fermé l’œil, mais c’est en écoutant RFI, comme toujours, comme  beaucoup de Maliens, d’Africains…au réveil, la douleur est encore là. Avec du dépit, de l’amertume, du découragement, de l’impuissance. C’est dommage. C’est injuste. C’est tellement sauvage…

Ghislaine et Claude sont morts pour informer.  Quand la peine est là, on ne peut s’empêcher de retourner la situation dans tous les sens. Pourquoi les avoir tués ? Pourquoi eux, à ce moment ? Tellement de journalistes « Blancs » sont partis dans ce Nord malien plein de danger et sont revenus saufs !

Journaliste. Un métier dangereux.  Même les enfants s’en sont rendu compte.

Boukari Ouedraogo , Burkina Faso, témoigne :

Conversation avec ma nièce de 9 ans le samedi 2 novembre 2013

–          Toi tu es journaliste non ?

–          Non,

–          Hiii, ce n’est pas vrai. Je t’ai vu à Canal 3°

–          Ce n’était pas moi

–          C’est toi ! Maman a dit que tu es journaliste. Toi-même tu m’as dit que tu es journaliste. Et puis la dernière fois Irène a entendu              ta voix à la Radio.

–          Donc tu as raison.

–          Papi a dit qu’on a tué des journalistes. C’est vrai ?

–           …

–          La secrétaire de papa est partie. Je vais lui dire de te prendre.

–          Pourquoi ?

–          Tu n’as pas vu qu’on tue les journalistes non ? Donc tu veux mourir ?

–           …

Michel Théra, Mali, pour avoir connu Ghislaine à Bamako n’a pu rien dire. Ni écrire pour l’instant. Il a encore les larmes aux yeux. Il promet un billet pour parler de cette grande dame qui est devenue son ami. «  C’était une si grand journaliste et une si belle voix »

Aurore  Guérin, France, pense à cette citation d’Albert Londres :

« Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie, en mettant dans la balance son crédit, son honneur et sa vie. »

Gaius Kowene, Congo

« Ils pouvaient même exiger une rançon de n’importe quel montant ! Ils pouvaient même exiger des impossibles ! Je sais que François Hollande ferait tout à son pouvoir pour sauver ces deux journalistes ! »

Sinatou Saka, Bénin

“Des voix hors-pairs, du travail de professionnel, des reportages minutieux et des analyses pointues, voilà ce qu’on entend tous les jours sur Radio France Internationale. Nombreux sont les journalistes qui se battent tous les jours pour couvrir cette actualité africaine de façon rigoureuse au point de faire naître des vocations et d’impliquer les citoyen. Comme un poignard, ces islamistes nous ont arraché ceux qui donnent un sens au métier. Ils se sont attaqués à la liberté d’informer. Ghislaine et Claude ne méritaient pas ça! Mais pour eux, nous ne devons pas baisser les bras, bien au contraire, plus que jamais, il faudra terminer ce qu’ils ont commencé et révéler la vérité. Que leurs âmes reposent en paix!”

Thierno Diallo, Guinée

« Apprendre que des journalistes (que l’on avait l’habitude d’entendre) sont assassinés dans l’exercice de leur fonction constitue un coup de tonnerre pouir toute personne éprise d’informations crédibles et impartiales.  Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont morts sur le champ d’honneur. Ils sont tombés pour l’Afrique, nous nous souviendrons d’eux pour leur courage. Je présente mes condoléances les plus attristées aux familles de disparus, à RFI et à tous les professionnels de médias. »

Assaleck Ag TITA, Mali

C’est avec une grande émotion que j’ai appris cette très triste nouvelle. Je vous prie de croire en mon affectueux soutien aux équipes de Rfi, aux familles des disparus en cette douloureuse épreuve. Mes pensées vous accompagnent. Recevez mes plus sincères condoléances.

Nos condoléances à leurs familles, à RFI, à Ziad, Simon, Raphaëlle, Pierrick, Claudy…

Adios, Ghislaine Dupont et Claude Verlon !

 

PS : Canal 3 : télévision privée du Burkina. J’ai été invité pour parler de sport.

 

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Mamady Keita ou les yeux de Mondoblog en Ukraine

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Mamady

C’est depuis l’Ukraine, le pays de la vodka et du vinok que Mamady Keita, jeune étudiant guinéen de 22 ans est en train de vivre son rêve : celui d’avoir un cadre permanent, une plateforme sur laquelle il partagera ses aventures, ses émotions, son quotidien et celui de ceux et de celles qui forment son environnement immédiat. Comme on peut facilement le deviner, le jeune guinéen a croisé sa passion (l’écriture) grâce à Mondoblog, le formidable projet porté par l’Atelier des médias, une émission participative de la radio mondiale RFI.

L’Ukraine, cette jeune république d’Europe de l’est bordée par la mer noire, continue à être en quelque sorte un nouveau monde pour le jeune guinéen Mamady Keita. Tous les jours, il vit de nouvelles expériences, découvre de nouvelles choses, de nouvelles coutumes, de nouvelles façons de faire. Comment s’intègre  t-il dans ce pays où tout ou presque tout lui est étranger, à commencer par les langues (russe,ukrainien) ? Comment concilie t-ils ses études et la gestion de son blog A vol d’oiseau dans ce pays où le système éducatif diffère de celui de son pays natal la Guinée ? Quels sont les les espoirs qui animent le jeune guinéen ? Nous avons partagé son quotidien.

Dnipropetrovsk 6 heures du matin. C’est à cette heure que Mamady finit de prendre son bain, direction la cuisine pour le petit dejeuner qui reste très varié en fonction des jours. Ke jeune étudiant nous confie qu’il n’a appris à faire la cuisine qu’après son arrivée en Ukraine. ” Je commence même à faire connaissance avec d’autres mets parmi lesquels figure celles d’Ukraine “, lance Mamady sourire aux lèvres. Après le petit déjeuner, c’est l’heure d’aller à l’université. “Je suis persuadée que l’instruction, l’éducation la lutte contre l’ignorance est l’arme la plus efficace contre tous les mots dont soufre notre continent” . Par ailleurs le jeune guinéen affiche sa fierté d’appartenir à la génération causante de Mondoblog : “Pour moi cette nouvelle génération doit être celle qui ne doit pas avoir sa langue dans sa poche, car comme aimait le dire Martin Luther King, on est pas seulement responsable de ce que l’on dit mais aussi de ce que l’on ne dit pas “. Pour le reste, Mamady prend le soin de nous raconter directement lui même.

Comment tu fais pour t’intégrer en Ukraine ?

Le plus important est d’être respectueux et respectable. Pour le reste, c’est la routine. La vie hors du pays natal exige toujours beaucoup de sacrifice sur tous les plans (alimentaires, culturelles…), mais il faut l’accepter et considérer que c’est pour un temps bien déterminé. Ensuite tout redeviendra normal une fois de retour au pays natal.

Tu tiens ton blog alors que tu mène des études universitaires. Comment fais-tu pour concilier ces deux activités ?

Tout est une question d’organisation et d’amour de ce que l’on fait. J’aime raconter, partager mes découvertes. C’est pourquoi dès que le projet Mondoblog s’est présenté, je n’ai pas hésité à me lancer et Dieu merci la chance m’a souri et j’ai été retenu. En général, je me couche tard toutes les nuits depuis que j’ai commencé à bloguer, mais ce n’est pas grave car j’aime ce que je fais. De jour en jour j’aime un peu plus la nuit, le silence nocturne. C’est vrai que les études demandent du temps mais il n”y a pas de secret : quand on est bien organisé, et si on bosse dur, on a aucun problème. Tout ce passe bien où que vous soyez.

Un film, un chanteur, un plat préféré ?

Je pense tout de suite, à un film franco-guineen dont le titre est Paris selon Moussa, du realisateur guinéen Cheik Doukoure qui raconte un peu comment la vie peut être dure lorsque l’on est sans papier africains. Cheik Doukouré à vraiment réussi cette oeuvre avec beaucoup de perfection et d’intelligence.

En ce qui concerne la musique, je m’endors avec elle, et je me réveille en sa compagnie. C’est en quelque sorte ma première femme (rires). Je n’enlève mes écouteurs que lorsque je suis en classe. J’écoute beaucoup d’artistes et beaucoup de genres musicaux parmi lesquels le rap, le R&B, la musique traditionnelle guinéenne, la pop musique, etc. Mais de loin c’est le hip hop que je préfère le plus en temps normal. Et si vous me demandez un artiste, je vous dirai que j’adore Lupe Fiasco.

Concernant le plat, je mange un peu de tout mais de loin je préfère le too, un plat malinké à base de manioc. Si vous êtes de passage en Guinée ou au Mali, goûtez-y, je vous promets que vous serez pas déçus !

Un dernier mot ?

Merci soeur Faty pour cet entretien que j’ai vraiment aimé. J’espère qu’avec tous les autres collègues de Mondoblog nous continuerons aussi longtemps que possible à faire honneur à la génération causante et consciente.

Vive Mondoblog !!!