Unicef

Le Poulet aux plumes

Posted on Updated on

pouletsAprès un voyage retour vers Gao beaucoup moins mouvementé, à bord de la voiture particulière d’un projet de développement, me voici dans la cité des Askia à mener une vie de ménagère encore deux mois avant la reprise des cours à Tombouctou ‘’inchallah’’.

Je retrouve Gao et son délestage. Pas  d’électricité le jour, Oui ! Deux nuits sur trois ? C’est ce qui est dit mais ce n’est  jamais effectif. Je suis là depuis vendredi et ce n’est que ce dimanche nuit l’énergie du Mal Mali nous envoya le précieux sésame.

Je me dis « vite, branche ton téléphone » je pourrais travailler avec la vieille dame (mon ordinateur) et coucher (pas accoucher car l’exercice est beaucoup moins douloureux !)peut être un article. Mais il me faut d’abord finir le diner ; surtout que nous avions des invités.  A peine une heure de temps et c’est le noir… je veux dire le clair de lune … coupure ! Dans une heure l’électricité reviendra certainement.

N’empêche, Je suis bien pressée de vous parler de cette nouvelle façon de cuisiner le poulet que j’ai découvert à Gao, mais il me faudra attendre le bien vouloir de l’EDM (énergie du Mali). L’électricité est bien revenue une heure plus tard, mais il me faut prendre  mon mal en patience, dompter mon instinct de konghosseuse. Ce n’est qu’une fois débarrassée de toutes mes corvées d’africaine au foyer que je pu me consacrer à ma passion.

Ce billet s’ajoute bien volontiers au deux premiers de la série dur les femmes maliennes même si l’auteure de la recette n’a point atteint l’âge d’être une femme. Mais elle nous amène à parler d’un autre fait de notre société que je ne peux que dénoncer : le mariage précoce. (Même s’il n’est pas forcé dans ce cas).

C’est une heure après mon arrivée à Gao que j’ai entendu parler de cette recette qui me fit penser à aurore (à cause de son poulet bicyclette ?).

C’est l’histoire d’une fillette qui ne doit pas avoir 13ans qui a convolé en justes noces avec un homme de l’âge de son père pour en être la seconde épouse.  Elle était consentante, dit-on et bien contente de se marier à celui qui lui donnait  autant d’argent de poche qu’elle voulait. Celui qui acheta le téléphone (chinois) pour jouer la musique qu’elle désirait tant.  Elle sourit avec béatitude lorsqu’on l’appelle «  waye hidjo » « la jeune mariée » bien  qu’elle n’en donne pas l’image.

Mais est-elle en âge de comprendre ce à qui elle s’expose ? Les dangers d’une grossesse à cet âge ?

Une jeune mariée en pays songhaï porte des habits neufs, amples, est tressée avec art et  surtout reste un bon moment sans sortir. Ce n’est pas le cas de Madame… (Appelons là Madame Z, pour ne pas dire X qui pourrait faire penser à mal) qui aime encore faire ce que toutes les petites filles du monde, je veux dire africaines ce sont elles que je connais le plus : jouer et se promener avec ses amies du même âge.

Donc bien que ses parents l’eussent donné en mariage, Madame Z n’est pas du moins consciente que son statut en société a changé bien qu’elle sourit à son nouveau nom. Elle ne semble pas. Non. Elle ne connait pas la signification du mot bien qu’ayant déménagé chez lui, elle ne fait pas encore.  Et personnellement je me suis posée des questions sur l’identité et le poids du cerveau de ses deux parents réunis (plus petit que celui de madame Z en tout cas !) surtout sa mère. Bien après je me demandai si la mère n’avait elle-même pas été mariée au même âge. Car, dans ce bas pays on marie les filles avant qu’elles ne soient pubères.  D’ailleurs, ma voisine n’est pas très contente de sa fille Nanna, du même âge que Madame Z   qui a refusé un mariage du même genre. Si elles étaient  scolarisées, elles auraient eu un prétexte. Mais la scolarisation et la rétention de la petite fille à l’école n’ont  pas un bon taux au Mali. Les parents pensent que le mariage est le meilleur des moyens de les protéger de la débauche et des grossesses prématurées. Quand, les petites filles font comme Madame Z et apportent un homme prêt à les épouser, ils sont contents, que dis-je ils en sont ravis, heureux…Ils en sautent de joie.

Madame Z ne sait pas ce qu’est le mariage, elle n’en connait pas les contraintes pour une femme en Afrique. Il faut non seulement faire le ménage (toute seule hein ! au pire tu peux avoir une aide-ménagère) mais aussi accepter d’être aux ordres d’un mari à qui tu dois respect.

Sa vie est plutôt joviale  chez ses parents, jusqu’au jour où son mari décida de lui faire passer un petit test (au bout d’un mois de mariage et de stage chez sa maman) en lui       apportant deux poulets à cuire pour le déjeuner.

Madame Z n’ayant pas encore eu le temps de se mettre à côté de sa maman pour apprendre à faire la cuisine ou le ménage fut dans l’embarras pour préparer le mets de son mari chéri en l’absence d’une mère pas très futée aussi.

Heureusement que le dégustateur de poulet prit le soin d’égorger les poulets avant de les lui laisser. Car après un tour au marché pour acheter des condiments sans grand choix, Madame Z  parvint à faire du feu bon gré malgré et après  les condiments, les poulets lavés dans un grand seau d’eau atterrir dans la grande marmite. Sans les plumer !

Ce sont deux de ses amies, qui ne l’avaient pas vu depuis le matin qui vinrent la trouver fort occupée.

–          Qu’est-ce que tu prépares ?

–          Des poulets

Aussitôt l’une ouvrit la marmite.

–          Mais comment tu es en train de faire ?

–          J’ai mis les condiments et les poulets

–          Mais il y a les plumes !

–          Oui, je les ai bien lavés.

–          Tu es folle ? on enlève les plumes, elles sont sales

–          « Macine waye hidji tini »? tu es quel genre de jeune mariée ? lui dirent-elles en éclatant de rire.

Mais elles firent descendre la marmite et plumèrent les poulets déjà embués de tomates et autres épices. Mais il fallait être courageux pour le manger. Ces les fillettes se sont bien amusées avec sans prendre le soin de se laver les mains.

Quand à Madame Z,  Elle ne sembla même pas comprendre la portée de sa recette si innovante.

Lorsqu’on me la montra aujourd’hui au marché je compris. C’est vraiment une fillette.  Sans poitrine. Maigre. Joyeuse.  Présentement madame Z est en apprentissage chez sa propre maman. Je me demande quand est ce qu’elle sera jugée apte pour avoir son foyer, dans deux ans ? Trois ? Elle aura au pire 16 ans. Encore petite !

On ne rit que de malheur, dit un autre proverbe djerma…faut-il donner cette recette à toutes les petites filles qui se retrouveront dans cette situation ?

Il faudrait surtout pour  la reconstruction, que  nous  prenions en compte la scolarisation de la fille. L’école et l’éducation sont les meilleurs moyens d’échapper à une vie entière de peines et de corvées. Il ne faudrait pas  oublier l’apport de ces jeunes une fois alphabétisées au développement de la région et du pays tout entier.

Voyons l’exemple des premières filles scolarisées d’Afrique : Madame Jeanne Martin Cissé de la guinée,  Awa Keita, Sira Diop du Mali, elles ont participé au mouvement libéral de l’Afrique en luttant pour son indépendance.